Programme de sécurité alimentaire dans la région des Nippes. Photo : Nicolas Montibert/Oxfam
Programme de sécurité alimentaire dans la région des Nippes, Haïti. Photo : Nicolas Montibert/Oxfam

L’agriculture, une pièce motrice pour la reconstruction et le développement d’Haïti post-séisme

11 Janvier, 2014 | CULTIVONS

L’agriculture joue un rôle très important dans la création d’emplois et de revenus en Haïti. Les populations rurales haïtiennes dépendent en grande partie de ce secteur qui connaît depuis des décennies un déclin caractérisé par la réduction des exportations et son incapacité à couvrir les besoins alimentaires de la population. En 2010, elle participe à 25% du PIB et absorbe environ 60% de la population active haïtienne.

Elle présente un profond paradoxe. Les analystes de développement haïtiens ont été nombreux à reconnaître qu’elle est le poto mitan de la vie économique et sociale du pays.

Un secteur trop longtemps négligé

Par ailleurs, pendant presque 30 ans, des politiques gouvernementales haïtiennes ont à la fois négligé et exploité l'agriculture, stimulant ainsi l'exode de la campagne aux perspectives incertaines des taudis de Port-au-Prince et des grandes villes de province. La communauté internationale n'a pas simplement provoqué le préjugé de politique du gouvernement contre les zones rurales, mais a aussi activement porté atteinte au développement agricole tant par l’orientation de l'aide que par les politiques commerciales adoptées.

Evidemment, ces politiques ont creusé un écart important entre la ville et le reste du pays. Des Haïtiens ruraux subissent une pauvreté plus profonde, n’ont pas accès aux services essentiels et ont beaucoup moins de commodités que leurs voisins urbains.

Un véritable « vecteur de croissance »

Néanmoins, même avant le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, il y avait l'évidence d'un changement majeur dans les priorités des donateurs et la politique gouvernementale. Le document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSCRP) de 2007 a identifié l'agriculture comme un des cinq « vecteurs de croissance ».

Après des protestations répandues dans tout le pays et la violence dans la capitale en réponse aux prix des denrées alimentaires déferlants en avril 2008, le gouvernement a fait de nouveaux investissements significatifs dans l'agriculture. Ceux-ci ont généré d’importantes augmentations de la production alimentaire en 2009. La communauté de bailleurs a soutenu cette priorité de l'agriculture avec de nouvelles ressources, en accord avec leurs engagements, par la suite l'ONU et le G8 se sont réunis pour mettre la sécurité alimentaire à l'ordre du jour dans la politique mondiale. Pourtant ceci n'a pas arrêté les donateurs clés, comme les États-Unis et, dans une moindre mesure, le Brésil et Taïwan, de continuer à vendre leur riz subventionné aux marchés haïtiens.

Au centre de la reconstruction

À la suite du tremblement de terre, le gouvernement a mis l'agriculture au centre de sa stratégie de reconstruction, publiant un Plan d’investissement agricole national (PNIA) qui a attiré presque 800 millions de dollars d’investissements pour une période de six années. De leur côté, les donateurs ont promis une aide substantielle pour exécuter ce plan ambitieux. De même, au cours de la courte durée de leur assistance humanitaire (trois ans environ après le tremblement de terre). Quelques donateurs (incluant le Brésil, le Canada, la France et le Programme alimentaire mondial de l'ONU - PAM) ont cherché à procurer l'aide alimentaire à la population affectée par les catastrophes naturelles ; les États-Unis étaient surtout une exception, introduisant la valeur de 125 millions de dollars de matières premières américaines comme aide alimentaire.

En dépit de l'attention renouvelée à l'agriculture et au développement rural depuis 2007, particulièrement depuis le tremblement de terre, les plans et les programmes se sont avérés insuffisants et inadéquats. Les communautés rurales supposées être les principales intéressées n'ont pas été impliquées dans la conception des activités. Ni le gouvernement ni les donateurs n'ont prêté l'attention suffisante au genre, bien que les femmes soient les chefs de famille d’environ la moitié des ménages ruraux.

Des investissements encore insuffisants

Plus important encore, même avec plus d'attention portée à l'agriculture, les niveaux d'investissement restent insuffisants, étant donné la dégradation sévère des ressources naturelles en Haïti, le manque flagrant d'infrastructure rurale et de l'industrie agricole. En outre, les donateurs ont peu respecté leur engagement. Tandis que le gouvernement a consacré une plus grande partie de son budget à l'agriculture que dans le passé, une grande partie des dépenses ont eu lieu à Port-au-Prince pour des questions administratives. Il y a peu de financement pour la livraison de services ruraux comme la recherche agricole, l'extension et l'enseignement ; au crédit agricole absolument nécessaire ; et à l'assistance aux fermiers pour former et renforcer des associations et des coopératives.

Dorénavant, l’agriculture haïtienne doit desservir non seulement la communauté haïtienne mais aussi celle du Venezuela en remboursement du programme pétrole contre denrées alimentaires. Les principales denrées sur lesquelles s’accordent les gouvernements haïtiens et vénézuéliens sont les suivantes : le café, le cacao, la mangue, le haricot, le pois congo (ou pois d'Angole), la banane, le sirop de canne, le riz Sheila (variété de riz locale), les produits laitiers, le manioc et l'igname avec priorisation mise sur quatre d’entre elles : le café, le haricot (noir), le sirop de canne à sucre et la banane. « L'agriculture doit nourrir la population et également contribuer de manière significative au développement du pays », a déclaré le Secrétaire d'État à la Relance agricole, Vernet Joseph, convaincu qu'il faut faire du secteur agricole un pôle stratégique de développement en Haïti.

Une question de volonté politique

Mais comment faire de l’agriculture un pôle stratégique de développement si cette dernière ne figure pas parmi les grandes priorités du gouvernement et que cela ne se traduit pas dans le budget national pour l’investissement agricole ? Pour faire de l’agriculture un pôle stratégique il faut que la volonté politique se manifeste à travers une politique agricole visant à non seulement encadrer le secteur agricole mais aussi à le moderniser de façon à produire suffisamment pour ses fils et filles et pour l’extérieur.

Le travail de développement d'Oxfam est majoritairement concentré sur l'agriculture, par des activités visant à renforcer la capacité des organisations rurales, le travail avec des femmes rurales pour étendre leurs options de gagne-pain, assistance à l'administration locale pour réduire les risques et désastres, intervention lors des désastres et appui pour augmenter la productivité de riz des fermiers haïtiens, et d’autres denrées afin de diminuer la dépendance aux importations.

Après le séisme, Oxfam a fourni plus de 100 millions de dollars en aide humanitaire, en faisant de la sécurité alimentaire une priorité majeure. Les interventions ont inclus la distribution de paniers alimentaires aux gens affectés par le tremblement de terre, utilisant la nourriture provenant des fermiers haïtiens ; la distribution de graines et des tubercules alimentaires aux fermiers, pour atténuer les goulots d'étranglement créés par le tremblement de terre ; et programmes cash-for-work [argent-contre-travail] et des projets de microcrédit visant à assurer que les personnes déplacées par le séisme ont pu maintenir leur pouvoir d'achat et acheter de la nourriture et d'autres produits de première nécessité.

Développement et droits humains 

Oxfam n'est pas seulement une agence de secours et de développement. Elle fait partie du mouvement mondial pour le changement, qui vise à construire un avenir libre de l'injustice de la pauvreté. Oxfam a adopté une approche fondée sur les droits dans l'ensemble de ses travaux et a mis en œuvre ses activités en partenariat avec les organisations et les communautés locales.

Compte tenu des niveaux élevés d'insécurité alimentaire et de la malnutrition en Haïti, et à la lumière des prix en cours élevés et volatiles de la nourriture sur les marchés mondiaux auxquels viennent s'ajouter le remboursement d’une partie de la dette PetroCaribe par l’agriculture alors qu’aucun investissement n’a été réalisé par ses fonds, il s’impose que le développement agricole peut aider à faciliter le développement global en Haïti. Un point souligné par beaucoup dans la communauté des bailleurs de fonds, notamment la Banque mondiale. Cependant, la question du développement agricole n’est pas seulement une stratégie de développement appropriée mais c’est aussi une question de droits humains. Les Haïtiens ont le droit à une vie sûre et durable, une alimentation adéquate, et de ne plus souffrir de la faim.

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