La population sud-soudanaise de nouveau en proie aux violences

Grace Cahill

Publié par Grace Cahill

Attachée de presse humanitaire
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Trois ans à peine après avoir vu le jour, le plus jeune pays au monde, le Soudan du Sud, commençait seulement à connaître la paix. Mais voici qu’il retombe dans les affres de la violence. Depuis que les combats ont éclaté à Juba, la capitale, le 15 décembre, près de 10 000 personnes ont été tuées et 400 000 autres ont dû fuir.

En collaboration avec l’ONU et d’autres organisations, Oxfam procure aux familles de l’eau potable, des vivres et des installations sanitaires. Mais les besoins ne cessent de croître et la situation des personnes déplacées devient de plus en plus critique.

Je suis arrivée à Juba samedi dernier [11 janvier 2014] et ai passé mes deux premiers jours dans le pays au camp d’Awerial, à environ quatre heures de route. Sur la rive luxuriante du Nil, le camp abrite désormais 75 000 personnes environ. En face, se trouve la ville de Bor, où les combats se poursuivent depuis la mi-décembre.

Pendant mon séjour à Awerial, on pouvait entendre les tirs d’obus et les bombardements aériens du côté de Bor. Hier, la moitié du camp a levé les yeux pour regarder un hélicoptère armé descendre le cours du fleuve et se diriger vers Bor ; deux minutes après, une série de bombes ont explosé. Tout le monde craint manifestement pour la vie de ses proches restés là-bas et s’inquiète de ce qui les attendra à leur retour, même si, pour l’instant, la sécurité semble assurée de ce côté-ci du fleuve.

Des bateaux privés font payer aux personnes qui souhaitent traverser le Nil un droit de passage allant de 100 à 200 livres sud-soudanaises (30 à 60 dollars) par passager, enfants en âge de marcher compris. J’ai rencontré une famille qui avait vendu tout son bétail (environ 400 têtes) pour que les 100 membres de la famille élargie puissent passer sur l’autre rive. La traversée est dangereuse. Elle peut prendre toute une journée. Surchargés, les bateaux risquent de chavirer, et les eaux sont habitées de crocodiles. J’ai entendu dire qu’environ dix personnes ont trouvé la mort dans la traversée : plusieurs se sont noyées, un enfant a été écrasé par les bagages, et un homme a été frappé par une bombe ou un obus perdu.

Une fois de l’autre côté, les gens doivent marcher dans une boue épaisse, en espérant trouver un endroit à l’ombre où camper. Il fait chaud le jour (environ 37 °C) et frais la nuit. Beaucoup n’ont pas d’abri et se couchent simplement sur une natte. Les réfugiés se répartissent entre les buissons et les arbres, tout le long de la rive. Ce n’est pas à proprement parler un campement ; la communauté locale s’est globalement montrée accueillante. Mais les infrastructures de ce petit hameau sont débordées. Il y a un besoin urgent d’assainissement. Les gens défèquent en plein air. Oxfam a établi qu’il faut creuser 2 000 latrines pour environ 80 000 personnes.

Oxfam appelle à un règlement rapide et pacifique du conflit dans un souci de protéger les droits humains.

Vous pouvez contribuer à notre action humanitaire au Soudan du Sud