Une petite fille va à l'école en traversant une décharge, dans le bidonville de Mathare, à Nairobi, au Kenya. Photo : Andy Hall / Oxfam
Une petite fille va à l'école en traversant une décharge, dans le bidonville de Mathare, à Nairobi, au Kenya. Photo : Andy Hall / Oxfam

En finir avec les inégalités extrêmes, menaces pour la démocratie

23 Janvier, 2014 | Général

En passe de sortir de la crise financière, l’économie mondiale reprend du poil de la bête. Pourtant, la majeure partie de la population mondiale reste privée des chances de s’épanouir et de connaître la prospérité, tandis qu’au contraire, une petite élite accapare l’essentiel des bénéfices de la croissance. Nous vivons dans un monde où les 85 plus grandes fortunes possèdent autant que la moitié de la population mondiale.

Aux États-Unis, la part des revenus des 1 % les plus riches n’avait plus augmenté si rapidement depuis les années 1920 et la Grande dépression. En Inde, le nombre de milliardaires a décuplé au cours des dix dernières années. En Europe, les plus pauvres font les frais des politiques d’austérité, tandis que les sauvetages des banques profitent à des actionnaires fortunés. Malgré l’essor du secteur des ressources naturelles en Afrique, au cours des dix dernières années, la majorité de la population africaine peine encore à accéder à l’alimentation, à l’eau potable et aux soins de santé.

Une préoccupation majeure au niveau international

Le problème des inégalités est désormais passé au premier rang des préoccupations internationales. Le président Barack Obama en a fait une priorité pour l’Administration américaine en 2014. Selon le FMI, dans trop de pays, trop peu de gens profitent des bienfaits de la croissance. Le Forum économique mondial, qui se tient cette semaine à Davos, a relevé que les inégalités économiques représentent un risque majeur pour le progrès de l’humanité, qu’elles compromettent la stabilité sociale et menacent la sécurité dans le monde.

Il est déjà largement reconnu que, non contentes d’être discutables sur le plan moral, les concentrations extrêmes de richesses freinent la croissance économique à long terme et compliquent les efforts de réduction de la pauvreté. Il faut à présent ouvrir les yeux sur le danger que représentent les inégalités extrêmes de revenus, car elles menacent aussi de saper la gouvernance démocratique.

Accaparement du pouvoir politique au profit des plus riches

Depuis 70 ans, Oxfam lutte contre la pauvreté et les injustices dans plus de 90 pays. Nous avons vu comment les plus riches peuvent accaparer le pouvoir politique au détriment du reste de la société. Une concentration massive des ressources est une grave entrave à l’inclusivité des systèmes politiques et économiques.

Dans les pays riches comme dans les pays pauvres, les taux d’imposition les plus faibles, les meilleurs services de santé et d’éducation et la possibilité d’exercer une influence sont de plus en plus souvent accordés non seulement aux personnes fortunées mais aussi à leurs enfants. Sans une action concertée pour réduire les inégalités, les privilèges et les désavantages se transmettront de génération en génération, et l’égalité des chances ne sera plus qu’un mirage.

Les inégalités ne sont pas une fatalité : elles peuvent être réduites

Mais les inégalités extrêmes ne sont pas une fatalité et nous pouvons y remédier rapidement. Plusieurs exemples le montrent clairement. Pendant les Trente Glorieuses, les États-Unis et l’Europe ont réduit les inégalités tout en connaissant croissance et prospérité. La récente loi sur la gestion des revenus pétroliers au Ghana est un bon exemple de la façon dont une réglementation ciblée peut favoriser une prospérité partagée. L’Amérique latine a considérablement réduit les inégalités ces dix dernières années grâce à une fiscalité progressive et en promouvant les services publics, la protection sociale et le travail décent. La clé de ces progrès réside dans des politiques populaires représentant la majorité, au lieu de privilégier une infime minorité.

Les États doivent sévèrement réprimer le secret financier qui permet de cacher des milliers de milliards de dollars dans les paradis fiscaux. Ils doivent investir davantage dans un accès universel à l’éducation et à la santé. Ils doivent unir leurs efforts pour poursuivre un objectif commun : en finir avec les inégalités extrêmes partout dans le monde. Pour leur part, les membres de l’élite économique doivent s’abstenir d’utiliser leur fortune pour obtenir des faveurs politiques allant à l’encontre de la volonté démocratique de leurs concitoyennes et concitoyens. Il convient de les obliger à déclarer toutes les participations financières qu’ils détiennent dans des entreprises et à assurer des emplois et des salaires décents dans celles-ci.

Ensemble, pour le bénéfice de toutes et tous, nous devons renverser cette tendance dangereuse qui menace d’anéantir les avancées conquises de haute lutte contre la pauvreté et les injustices.

Winnie Byanyima est la directrice générale d’Oxfam International. Elle assiste actuellement au Forum économique mondial à Davos.

En savoir plus

Rapport d'Oxfam : En finir avec les inégalités extrêmes : confiscation politique et inégalités économiques 

Commentaires

la pauvrete et l'injustice sont les vraie causes de la guerre .

Il  faudra une Revolution de la Democratie meme pour que les plus riches et les pouvoires politique en prennent conscience de la soufrance des enfants de la rue qui sont recrutes comme enfants soldat  en Afrique .

La Gestion de L'Economie Mondiale doit etre l'affaire des ONGs .

KOREAI .A

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