Sunrise dans le camp de déplacés internes de Mingkamen, Sud Soudan. Photo : Aimee Brown/Oxfam
Sunrise dans le camp de déplacés internes de Mingkamen, Sud Soudan. Photo : Aimee Brown/Oxfam

Soudan du Sud : quelques lueurs d'espoir entre la violence

14 Février, 2014 | Conflits et Urgences

« Même si la paix venait, nous ne pourrions pas rentrer chez nous. Nous n’y serions pas en sécurité. »

Ces mots, prononcés par une grand-mère que j’ai rencontrée dans un camp de déplacés internes au Soudan du Sud, montrent la profondeur des divisions dans ce jeune pays. Ils témoignent aussi de l’ampleur des difficultés à surmonter pour que le pays puisse retrouver sa situation d’avant le 15 décembre dernier – voire même, avec plus d’optimisme encore, retrouver le chemin d’un développement stable.

Ces sept dernières semaines, les violences ont poussé près d’un million de personnes à quitter leur foyer et fait, selon les dernières estimations, plus de 10 000 morts. À l’approche de la saison des pluies dans un peu plus d’un mois, l’année 2014 se présente extrêmement mal pour le Soudan du Sud, si l’aide nécessaire n’est pas apportée dans les plus brefs délais. Sinon, de mauvaises récoltes et une augmentation des pertes de bétail seront à prévoir, ce qui privera les 12 millions d’habitants du pays de sources essentielles de nourriture. Selon l’ONU, 3,2 millions de personnes risquent de basculer dans l’insécurité alimentaire d’ici le mois de juin.

Dans ce tableau sombre, quelques lueurs d’espoir apparaissent. Les violences ethniques qui contraignent des milliers de personnes à demeurer dans des camps et des abris de fortune ne sont pas universelles. Par exemple, presque toutes les personnes que j’ai rencontrées depuis mon arrivée au Soudan du Sud m’ont raconté que des Dinkas offrent asile à des amis Nuers ou que des familles Nuers hébergent chez elles des Dinkas qui avaient fui les combats.

A crowded water pump
Le bois devient une ressource rare à Mingkamen, Sud Soudan. Photo : Aimee Brown/Oxfam

Même si c’est l’exception plutôt que la règle, ces récits montrent qu’il est possible de surmonter une histoire lointaine ou récente de violences, de souffrances et de pertes, et de s’engager ensemble sur le chemin de la paix dans ce pays le plus jeune du monde.

C’est ce message que transmet la société civile, ici et hors des frontières du Soudan du Sud. Les groupes de la société civile tiennent à être associés aux discussions qui ont lieu à Addis Abeba entre le président Kiir et les représentants de Riek Machar. Ils souhaitent utiliser leurs réseaux communautaires dans les villes et les villages du pays afin d’inciter les populations à parler de réconciliation, plutôt que de représailles.

Ce n’est qu’en changeant les mentalités que l’on pourra améliorer la situation ici.

Pour l’instant, les familles que je rencontre se débrouillent avec le peu qu’elles reçoivent de l’aide humanitaire. La grande majorité des déplacés ont dû fuir sans rien d’autre que les vêtements qu’ils portaient, et ces hommes et ces femmes n’ont aucun moyen de gagner leur vie et encore moins d’acheter des vivres ou d’autres biens de première nécessité.

Je suis touchée par la gratitude qu’ils témoignent à Oxfam pour l’approvisionnement en eau, la construction de latrines et les autres services fournis. Tant d’entre eux ont perdu des membres de leur famille et sont traumatisés par le conflit. Pourtant, ils tiennent à nous remercier pour l’aide reçue au cours des deux derniers mois.

Je suis impressionnée par l’engagement du personnel d’Oxfam et des personnes recrutées occasionnellement. J’ai fait la connaissance d’une autre femme – également grand-mère – qui a fui avec ses six enfants et petits-enfants et qui est maintenant préposée aux latrines. Avant l’éclatement du conflit, elle travaillait pour l’administration de son comté. Mais aujourd’hui, c’est avec une fierté discrète qu’elle maintient les latrines confiées à sa charge dans le même état de propreté qu’au premier jour.

« Elles ont été construites par Oxfam, mais je m’en occupe comme si c’étaient les miennes, dit-elle. Si elles sont propres et que les enfants savent se laver les mains, ils ne tombent pas malades. C’est pourquoi il est si important pour moi de les garder propres. »

Les besoins sont grands. Si grands que nous avons parfois l’impression de ne rien changer à la situation. Mais des paroles comme celles-ci montrent que l’aide que nous apportons a un impact et contribue à améliorer la vie des bénéficiaires.

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