Qui assurera la protection des refugiés au Soudan du Sud ?

Farah Karimi

Publié par Farah Karimi

Oxfam Novib (Netherlands), Directrice
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Mardi matin, nous avons reçu des mauvaises nouvelles de Malakal. L’équipe d’Oxfam présente sur place a rapporté que la capitale de l’État du Haut-Nil subissait de violents assauts militaires. Nos collègues, qui s’employaient à promouvoir la santé parmi les personnes réfugiées dans l’enceinte de l’ONU, ont dû se mettre à l’abri dans les bunkers de la base. À cette heure, ils attendent encore que les combats se calment, avant d’être vraisemblablement évacués.

Plus tard ce jour-là, les rebelles affirmaient avoir repris la ville, jusque là sous le contrôle du gouvernement. La veille, un conflit avait éclaté à l’intérieur du camp : Nuers et Dinkas ont échangé des coups de feu. Quelles que soient les racines politiques de ce conflit, la boîte de Pandore est ouverte et il ne sera pas facile de la refermer.

La population de Malakal ne sait pas encore à quoi s’en tenir : selon le camp qui prendra le contrôle, se trouvera-t-elle en relative sécurité ou en grave danger ? Tout dépendra de l’origine ethnique de chacune et chacun – Dinka ou Nuer – et de qui l’emportera – du gouvernement ou de l’opposition.

Quel sort attend les jeunes hommes Nuers déplacés dans l'enceinte de l'ONU?

Farah Karimi visite l'enceinte des Nations unies à Juba, Sud Soudan. Photo : Petterik Wiggers/Oxfam

À travers le pays, des centaines de milliers de personnes ont dû fuir, abandonnant leur maison, leurs terres, leur bétail, tout ce qu’elles possédaient, dans les jours et les semaines qui ont suivi l’éruption de violence, le 15 décembre.

Une question me taraude tandis que je poursuis ma route vers le nord de l’Ouganda : quel sort attend les jeunes hommes Nuers que j’ai vus dans le camp de déplacés, à la Maison des Nations Unies de Juba. Même dans la capitale du pays, où le gouvernement contrôle la situation, ils ne se sentent qu’en relative sécurité dans l’enceinte de l’ONU. Dans leur esprit, ce pourrait bien être la fin s’ils franchissaient les portes de l’enceinte.

Protéger la population doit être la première responsabilité du gouvernement

Plus alarmant encore, qu’adviendra-t-il des milliers de personnes – Dinkas et Nuers – qui se cachent à travers le pays ? Cette question, c’est aux dirigeants du Soudan du Sud qu’il faudrait la poser. La première responsabilité du gouvernement d’un État est de protéger la population. Les leaders des forces de l’opposition aussi doivent veiller à la protection des personnes habitant les zones qu’ils contrôlent. Or voici un pays où la responsabilité de protection se trouve en fait « sous-traitée » à l’ONU, mais uniquement dans le cadre de son enceinte.

En parlant aux réfugiés dans le camp, l’autre jour, j’ai senti la tristesse m’envahir. J’ai aussi été prise de colère face à l’apparente irresponsabilité de ce gouvernement et de l’opposition. La communauté internationale va devoir se décider, je pense. Si ni le gouvernement, ni l’opposition ne peut apporter la protection nécessaire à la population, la communauté internationale va devoir agir et s’interposer entre les parties pour assurer cette protection, non seulement dans le périmètre de l’ONU, mais dans l’ensemble du pays où des milliers de personnes sont abandonnées au désespoir.

Farah Karimi est directrice générale d'Oxfam Novib. Elle est actuellement en déplacement au Sud Soudan et dans le nord de l'Ouganda, afin d'évaluer les conséquences de la crise au Sud Soudan et les besoins de la population.

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