Au Burkina Faso, la Nouvelle Alliance du G8 marginalise les agricultures familiales

Clara Jamart

Publié par Clara Jamart

Oxfam France - Agir ici, Responsable de plaidoyer Sécurité Alimentaire
Partagez cette page: 

Les négociations sur la définition des principes d’investissement agricole responsable qui devraient être adoptés lors de la prochaine réunion du Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale (CSA), en Octobre 2014, ont débuté à Rome cette semaine. Une occasion unique pour les Etats, les acteurs de la société civile et les entreprises du secteur privé d’assurer que les investissements agricoles, publics et privés, participent réellement à assurer le respect du droit à l’alimentation des populations vulnérables ?

Très certainement. Mais encore faudrait-il reconnaître que certaines initiatives en cours visant à renforcer l’investissement agricole dans les pays du Sud risquent de marginaliser les agricultures familiales et de mettre en péril la sécurité alimentaire mondiale. La Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle, lancée par le G8 il y a maintenant deux ans, est de celles-là.

Priorité aux pratiques agroécologiques

La France, qui coordonne pour le G8 la mise en œuvre de la Nouvelle Alliance au Burkina Faso, a toujours défendu au niveau international un modèle de développement agricole basé sur les exploitations familiales. Lors des négociations sur l’élaboration des principes d’investissement agricole responsable du CSA, elle souhaite promouvoir des principes d’investissement qui donnent la priorité aux agricultures familiales et aux pratiques agroécologiques, qui permettent d’encadrer les investissements fonciers des grandes entreprises privées pour lutter contre les accaparements de terres, et qui assurent une redistribution équitable des profits de l’investissement agricole via un système fiscal, tarifaire et douanier adapté.

La France adhère-t-elle à ses propres principes ?

Alors, la France met-elle déjà en œuvre ces principes ambitieux dans le cadre de la mise en œuvre de la Nouvelle Alliance au Burkina Faso ? C’est ce que j’ai voulu savoir en accompagnant au Burkina Faso un consultant indépendant engagé par Oxfam pour étudier la mise en œuvre de la Nouvelle Alliance et ses impacts dans ce pays classé par les Nations unies parmi les plus pauvres du monde. Malheureusement, les résultats de cette recherche indiquent le contraire.

Pour pouvoir intégrer la Nouvelle Alliance, le Burkina Faso s’est vu imposé de prendre des engagements politiques forts pour « améliorer le climat des affaires ». Dans ce cadre, le pays s’est engagé dans une série de réformes fiscales, tarifaires et douanières qui marginalisent les agricultures familiales et favorisent un modèle agricole de type industriel. Sur le pôle de croissance de Bagré, considéré comme étant le modèle à développer et à répliquer dans le cadre de la Nouvelle Alliance au Burkina Faso, l’accès au foncier agricole est facilité pour les grands entrepreneurs agricoles internationaux, et engendre des déplacements impactant entre 3 000 et 9 000 ménages. Alors que les Directives Volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts doivent être soutenues par le G8 et mises en œuvre au Burkina Faso, la sécurisation des droits fonciers légitimes des agriculteurs familiaux semble plus incertaine que jamais.

En savoir plus

Rapport : À qui profite la Nouvelle Alliance ? La Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition du G8 au Burkina Faso

Pourquoi l'agriculture à petite échelle est-elle importante pour la sécurité alimentaire ?

Oxfam au Burkina Faso