Ce qui se cache derrière votre bol de céréales

Àngela Corbalán

Publié par Àngela Corbalán

Oxfam International, Directrice de la communication UE et vice-directrice du bureau d'Oxfam auprès de l'Union européenne
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L'huile de palme est présente partout, dans certains produits alimentaires et articles de la vie quotidienne, parfois là où on s’y attend le moins. Au petit déjeuner dans votre bol de céréales, au goûter dans les biscuits, au diner dans la pizza, dans le savon et même dans l'agrocarburant qui alimente votre voiture. Et malheureusement, très souvent, elle s'accompagne d'un coût humain et environnemental.

Afin d'en connaître la raison, j'ai récemment participé à une visite de terrain d'Oxfam en Indonésie, le plus grand producteur d'huile de palme du monde. Mes collègues et moi-même voulions parler aux personnes concernées par les grandes plantations de palmiers à huile.

Ouvriers agricoles d'une plantation d'huile de palme. District de Pelawan dans la province de Riau sur l'île de Sumatra en Indonésie. Photo : Des Syafrizal / Oxfam

Avant notre départ, nous avions découvert que des hauts responsables d'une entreprise vendant de l'huile de palme à Cargill, un fournisseur de certains géants de l'agroalimentaire tels que Kellogg's et General Mills, passaient en jugement pour avoir provoqué un incendie l'année dernière dans la province de Riau, sur l'île de Sumatra. Le but était de défricher le terrain pour les plantations de palmiers à huile et l'accusation affirme que l'incendie aurait contribué au gigantesque feu de forêt responsable du nuage de fumée ayant atteint l'Indonésie, la Malaisie et Singapour. Selon mes collègues chercheurs, ce feu de forêt a relâché dans l'atmosphère des émissions de dioxyde de carbone équivalentes aux émissions annuelles de plus de 10 millions de voitures. Soit un an d'émissions de toutes les voitures de Los Angeles, New York et Chicago réunies. Imaginez ce que cela représente !

Vue aérienne de feux de forêts dans la province de Riau, en 2013. Photo : Antara/Virna Puspa Setyorini

Le fait que l'Indonésie soit l'un des pays émettant le plus de gaz à effet de serre n'a donc rien de surprenant. Les pratiques dévastatrices de ce genre alimentent le réchauffement planétaire.

Les populations que j'ai rencontrées dans la province de Riau témoignent du changement climatique survenu au cours des  15-20 dernières années.

« Le climat a commencé à changer environ cinq ans après que les entreprises produisant l'huile de palme se sont emparées de nos terres. Avant il faisait frais et humide, mais maintenant il fait sec, les sécheresses sont de plus en plus fréquentes et les inondations sont apparues à la fin des années 90. Les puits se sont asséchés ; alors qu'auparavant nous trouvions de l'eau à un mètre de profondeur, aujourd'hui, il faut creuser à plus de 10 mètres. Les inondations touchent également ceux dont les terres sont proches de la rivière », nous a confié un ancien du village, que l'on ne nommera pas pour des raisons de sécurité.

Alors que le climat est de moins en moins prévisible, les prix alimentaires sont de plus en plus volatiles. « Les piments sont assez chers en ce moment. La saison sèche a commencé plus tôt que d'habitude, ce qui s'est fait ressentir sur la production », explique une villageoise. Le piment est une denrée très répandue en Indonésie. On l'utilise pour assaisonner les curry, les soupes de nouilles, et c'est la base d'un condiment très populaire appelé sambal.

Mais les problèmes auxquels sont confrontées les communautés que nous avons rencontrées ne s'arrêtent pas là.

Rivière polluée, province de Riau, Indonésie. Photo : Des Syafrizal / Oxfam

Les personnes auxquelles nous avons parlé affirment que leurs vies sont devenues plus difficiles depuis que l'entreprise est arrivée dans la région. L'entreprise a conclu un accord avec le gouvernement local obligeant les habitants à céder leurs terres pour très peu d'argent. L'entreprise a détruit leur forêt et pollué la rivière, réduisant leur capacité à nourrir leurs familles et à gagner suffisamment leur vie.

Les villageois ont dû quitter leur vieux village lorsque l'entreprise d'huile de palme a investi les lieux. Ils ne pouvaient plus accéder à l'eau de la rivière.

Une villageoise remarque qu'elle était bien plus heureuse avant l'arrivée de l'entreprise. « Mes enfants avaient toujours de quoi manger. On allait ramasser ce que l'on cultivait sur nos terres. Nous cultivions du riz, du maïs, des concombres et des piments. Nous allions également pêcher et chercher de l'eau dans la rivière. Grâce à la vente de légumes et de caoutchouc, nous pouvions même économiser et scolariser nos enfants et aller chez le docteur lorsque nous en avions besoin. Mais l'entreprise a anéanti nos moyens de subsistance. »

Une habitante d'un village dans le district de Pelawan, province de Riau. Photo : Des Syafrizal / Oxfam

L'entreprise a offert des postes d'ouvriers à la plupart des villageois mais beaucoup ont dû partir car les engagements financiers n'étaient pas respectés. En plus de leur emploi d'ouvrier, certains villageois devaient travailler ailleurs, voire demander à leurs enfants de les aider. Certains enfants ont quitté l'école parce que leurs parents ne pouvaient plus payer les frais de scolarité.

Après avoir parlé aux populations de ces villages en Indonésie et avoir vu comment ils vivaient, je ne peux plus regarder mon bol de céréales de la même façon. Pour moi, il ne fait aucun doute que les entreprises comme Kellogg's et General Mills détenant nos marques préférées devraient s'améliorer pour s'assurer que leurs fournisseurs ne polluent pas notre planète ni n'aggravent la faim.

Vous aussi demandez à ces géants de l'alimentaire de faire mieux.