Donner les moyens aux populations de lutter contre la pauvreté ? Les ONG internationales doivent lâcher prise

Les organisations non gouvernementales (ONG) internationales de développement sont à juste titre très fières de leur histoire : elles ont sauvé des vies, aidé les gens à traverser des moments extrêmement difficiles, et montré aux personnes qui se sentent seules que d’autres se soucient d’elles. Mais si les ONG veulent contribuer à un avenir meilleur, elles vont devoir changer.

Le travail traditionnel par projets a souvent été utile pour répondre aux besoins pratiques et immédiats des communautés les plus pauvres. Mais souvent, il ne repose pas sur une stratégie claire visant plus largement les problèmes sous-jacents, dépassant le cadre d’un village, voire d’un sous-district précis. Il ne pourra jamais, à lui seul, éradiquer la pauvreté et les inégalités. De même, comme je l’ai vu si clairement lors d’une récente visite en Zambie, les activités d’influence ciblant Londres et Washington ne suffiront jamais à transformer la vie des gens en Zambie, sauf dans le cadre d’un effort coordonné ciblant Pékin, New Delhi, Pretoria, et, surtout, la Zambie elle-même.

Mieux ensemble

De plus en plus, les ONG internationales cherchent à étendre leur influence afin d’obtenir des changements beaucoup plus importants, pas seulement pour des milliers, mais pour des millions de personnes. Cet effort peut prendre différentes formes, de la création de partenariats à des campagnes de mobilisation en passant par le plaidoyer, et naît de la conviction commune qu’en influençant ce que font les gouvernements, les entreprises et les autres acteurs, les ONG peuvent accomplir beaucoup plus que ce qu’une seule, même de grande envergure, pourrait jamais accomplir.

Les ONG ne peuvent mettre fin à la pauvreté à elles seules, mais elles peuvent aider à renforcer le pouvoir qu’ont les citoyennes et citoyens d’interpeller les personnes en situation de pouvoir. Par exemple, tout en aidant les petits agriculteurs à accroître leurs revenus, Oxfam soutient les campagnes menées par des personnes qui ont perdu leurs terres, comme les familles de la vallée du Polochic au Guatemala, dont certaines se sont maintenant vu attribuer un lopin de terre. De même que nous apportons de l’aide humanitaire et de l’aide au développement en Somalie, nous soutenons des groupes qui font campagne pour empêcher que les banques, comme la Barclays, n’arrêtent leurs activités de transfert des fonds envoyés par les Somaliens à leurs familles, fonds qui représentent de véritables bouées de sauvetage pour celles-ci.

Le monde change

La nécessité pour les ONG de changer est accélérée par l’évolution du monde. Les pays que l’on qualifie encore parfois de « puissances émergentes » ont maintenant dépassé le stade de l’émergence. Dans beaucoup de pays du Sud, les chiffres de la croissance continuent à augmenter. Mais les inégalités se creusent rapidement tant dans le Sud que dans le Nord, et sont au cœur d’une crise économique et sociale exacerbant l’instabilité et sapant la démocratie. Les 300 personnes les plus riches possèdent autant que les 3 milliards les plus pauvres.

Prenez la Zambie. Elle est devenue un pays à revenu moyen, mais le nombre de personnes pauvres y a augmenté. La Russie, la Chine et l’Inde ont enregistré une forte hausse de l’écart entre les riches et les pauvres. Environ 5 % de la population indienne possèdent 50 % de la richesse du pays. Aux États-Unis, le président Obama a reconnu que « presque toutes les augmentations de revenus, au cours des dix dernières années, ont bénéficié au pour cent le plus riche. Cette inégalité croissante n’est pas seulement moralement répréhensible ; c’est une mauvaise politique économique. » En Grande-Bretagne, on s’attend à ce que les inégalités se développent plus vite que dans les années 1980.

Les questions nationales de distribution contribueront de plus en plus à déterminer si, la situation des pays s’améliorant, celle des populations s’améliore aussi. Dans un même temps, l’Occident demeure le siège de bon nombre de paradis fiscaux, des plus grands marchés financiers et des grandes multinationales qui contrôlent plus de richesses que n’en possèdent de nombreux pays. Quant au changement climatique, qui aura un effet profond sur le niveau de vie, il ne respecte aucune frontière. Donc, pour changer la donne, les ONG devront se développer en réseaux d’influence à la fois ancrés au niveau national et fortement interconnectés sur la scène internationale.

La transformation nécessaire des ONG internationales

Les ONG internationales qui souhaitent demeurer pertinentes et utiles aux personnes vivant dans la pauvreté devront faire plus que de s’adapter. Nous devrons nous transformer en organisations du monde dans lesquelles le pouvoir est partagé de manière plus démocratique et la responsabilité envers les communautés pauvres plus affirmée. À Oxfam, pendant de nombreuses années, presque tous les « affiliés », qui gèrent ensemble l’organisation, étaient basés dans le Nord. Nous avons commencé à changer cela avec la création d’Oxfam Inde. Nous avons maintenant l’intention de transférer beaucoup plus de pouvoir à d’autres pays.

Nous devrons intégrer les valeurs qui nous sont chères – la solidarité, l’égalité, l’inclusion et la diversité – dans la gouvernance et les structures de nos organisations. Nous devrons continuer à évoluer pour de plus en plus favoriser l’action « par » et « avec » plutôt que « pour ». Les ONG internationales n’ont pas pour vocation de « développer » les gens : nous sommes là pour les accompagner dans leurs luttes pour un monde plus juste. Cela ne signifie pas la fin des ONG internationales, mais plutôt leur renaissance.

Les ONG internationales de développement peuvent jouer un rôle important dans le cadre d’un vaste mouvement pour une société fondée sur des valeurs, qui traite tous les hommes et les femmes sur un pied d’égalité et ne détruit pas la planète. Mais cela implique de renoncer à une partie du pouvoir sur les autres que procurent l’argent et la bureaucratie. C’est la seule façon de renforcer la plus importante forme de pouvoir : le pouvoir, avec les autres, de changer le monde.

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La version originale de cet article, en anglais, a été publiée sur le blog New Internationalist le 25 octobre 2013. Cet article a été traduit en français avec l'aide bénévole de Véronique Haour via Translators Without Borders.

En savoir plus

Vidéo : Comment Oxfam lutte contre la pauvreté - une stratégie à six facettes

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