Les agricultrices interpellent les chefs d’État et de gouvernement sur le climat

Lorsque Birtukan Dagnachew (38 ans) a remporté le titre d’Héroïne de l’alimentation en 2013, ce fut bien plus qu’une reconnaissance de son travail d’agricultrice. Ce prix lui a donné un nouvel élan pour accomplir de plus grandes choses encore. Birtukan est éthiopienne. Elle vient du village de Gola Mechare, dans la région septentrionale d’Amhara, réputée être l’une des zones les plus difficiles à cultiver en raison des sécheresses à répétition. 

Oxfam a lancé le concours Female Food Heroes (les « Héroïnes de l’alimentation ») en 2011 afin de rendre hommage aux agricultrices africaines, ces « petites mains » trop souvent méconnues de la production alimentaire. Au cours des quatre dernières années, ce concours est devenu un tremplin pour une nouvelle génération de militantes qui luttent contre le changement climatique.

Le prix des Héroïnes de l’alimentation a permis à des femmes comme Birtukan de se faire entendre et d’acquérir de l’influence au sein du secteur agricole. Mais il leur a également fait prendre conscience des effets du changement climatique sur leurs communautés. « Ma vie a beaucoup changé depuis, témoigne Burtikan. Grâce à mon expérience et aux formations que j’ai suivies, je pourvois à mes propres besoins et à ceux de ma famille. Je transmets aussi à ma communauté le savoir-faire que j’ai acquis en matière de sécurité alimentaire. »

Depuis son lancement en Tanzanie, le concours annuel des Héroïnes de l’alimentation a désormais lieu dans de nombreux pays à travers le monde. Partout, il souligne l’importance du rôle que jouent les femmes dans l’alimentation durable et la sécurité alimentaire. « Nous considérons Birtukan comme une héroïne en raison de sa résilience, explique Seble Teweldbirhan d’Oxfam . Elle a construit un système pour protéger l’eau du soleil  et a fait preuve d’une remarquable ouverture d’esprit en ce qui concerne les nouveaux outils et nouvelles méthodes pouvant lui permettre de s’adapter au changement climatique. » Birtukan, qui croit fermement aux bienfaits de planter des arbres, est également connue dans son village pour avoir fait valoir la nécessité de protéger l’environnement et de remédier aux dommages déjà causés, ajoute-t-elle.

Selon une publication récente d’Oxfam, le changement climatique pèse déjà sur la production alimentaire en Afrique et continuera de toucher durement le continent, aggravant une insécurité alimentaire déjà alarmante. 

Les Héroïnes de l’alimentation se sont jointes à la campagne Women Food Climate (« Droits des femmes. Sécurité alimentaire. Changement climatique ») pour exiger que les femmes agricultrices, qui se trouvent en première ligne du changement climatique, reçoivent l’aide dont elles ont besoin pour y faire face. Cette semaine, Birtukan a participé à l’événement « Nous nourrissons notre planète » dans le cadre de l’Expo Milano 2015, en Italie. Pendant ce temps, au Nigeria, la finale du concours des Héroïnes de l’alimentation avait lieu le jour même de la Journée internationale des femmes rurales, le 15 octobre, sous la présidence de la première dame du pays : Aisha Buhari.

Ce concours annuel, qui existe au Nigeria depuis 2012, a attiré près de 4 000 participantes rien qu’en 2015. Monica Maigari, de Madakiya dans l’État de Kaduna, qui a terminé deuxième au concours de l’an dernier, a utilisé l’argent de son prix pour acheter des terres au sein de sa communauté. « Maintenant que je possède un lopin de terre, les jeunes de ma communauté auront plus de travail et plus l’argent en poche », explique-t-elle. 

Avec une population de plus de 170 millions d’habitants, le Nigeria est la première économie du continent africain, mais est plus connu pour son industrie pétrolière. L’agriculture n’en constitue pas moins un pan essentiel de l’économie : le secteur agricole représente environ 22% de l’activité économique du pays et, surtout, fournit 70 % des emplois. Cette année, le Nigeria n’a affecté que 0,89 % de son budget national à l’agriculture.

Pour Jan Rogge, directeur pays d’Oxfam au Nigeria, « les femmes représentent la majeure partie de la main-d’œuvre du secteur, mais ne sont guère reconnues ni soutenues, une situation que ce concours contribue à changer. »

Au Nigeria, le concours porte le nom de « Femmes Ogbonge », ce qui signifie « résilientes et fortes », explique Musa Abdulazeez d’Oxfam. Une qualité qu’il convient de saluer, mais aussi de favoriser. « Les femmes doivent faire face à la réalité du changement climatique au quotidien. Peut-être ne savent-elles pas qu’il s’agit du changement climatique. Mais le fait est que les pluies ne tombent plus comme avant et que les conditions météo sont différentes. Voilà leur réalité quotidienne », souligne Musa.

Ces deux dernières années, Birtukan a traversé une dure phase d’apprentissage. Elle n’en reste pas moins déterminée : « La leçon à tirer, c’est que nous devons continuer à travailler dur et à adopter de nouveaux mécanismes plus modernes dans notre exercice de l’agriculture. Nous devons apprendre pour nous adapter et faire face au changement climatique, et nous devons nous entraider à l’échelle du village pour obtenir de meilleurs résultats. » Tout comme lors de ses visites marquantes aux États-Unis, Birtukan a mis à profit son voyage en Italie à l’occasion de l’Expo Milano, le plus important événement jamais organisé sur l’alimentation et la nutrition, pour en apprendre plus sur les nouvelles technologies agricoles.

Mais Birtukan estime que la volonté politique est également importante : « À un plus haut échelon, nous avons besoin de volonté politique et de meilleurs mécanismes d’élaboration et de mise en œuvre des politiques, pour que nos vies puissent s’améliorer. » En Éthiopie, la majorité des mesures liées au changement climatique sont financées sur fonds nationaux à hauteur de 440 millions de dollars par an, soit 14,5 % du budget du pays. Ce montant pour une année est supérieur au total des sommes reçues par l’Éthiopie au titre du financement international de la lutte contre le changement climatique.

Alors que les chefs d’État et de gouvernement se préparent pour la Conférence de Paris sur le climat (COP21), en décembre, les Héroïnes de l’alimentation, avec de nombreuses autres citoyennes et citoyens africains, demandent à celles et ceux qui représentent l’Afrique de prendre une position ferme et résolue. Elles espèrent que l’accord de Paris mettra davantage de financements à la disposition des pays africains pour s’adapter au changement climatique et que ces financements répondront en priorité aux besoins des agricultrices.

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