Etrangers en leur pays : retour au Sud-Soudan

De retour à Leer, au Sud-Soudan, Martha Bol, une veuve, et ses enfants ont dormi la première nuit dehors, dans le froid. Ce n'était pas tout à fait ce à quoi elle s'attendait, mais cela n'a pas tempéré son enthousiasme d'être de retour après deux décennies passées dans les faubourgs de Khartoum, au Nord du Soudan.

"Je suis née ici et je resterai ici, affirme-t-elle. C'est notre terre et notre chance d'être libre."

Martha et de nombreuses autres familles campent temporairement dans la cour d'un bâtiment gouvernemental de la ville de Leer. Les quelques effets personnels qu'elles ont pu emmener avec elles sont éparpillés, ici et là. Quelques matelas, des couvertures, des casseroles ; des valises ; des vêtements qui sèchent sous le soleil de l'après-midi, étendus sur une barrière de bambou.  

Originaires du Sud, ces familles ont quitté leur région natale durant la guerre civile qui a déchiré le Soudan pendant plusieurs décennies et a pris fin en 2005 après avoir fait plus de 2 millions de morts. Leur retour en bateau, affrété par le gouvernement du Sud-Soudan, a été reporté à de nombreuses reprises. Elles sont finalement arrivées au terme de 11 jours de voyage. Trop tard pour s'inscrire sur les listes électorales et prendre part au référendum au cours duquel la population du Sud-Soudan doit décider, du 9 au 15 janvier, si elle souhaite rester au sein d'un Soudan uni ou devenir la plus jeune nation indépendante au monde. 

Ces familles font partie des dizaines de milliers de Sud-Soudanais qui vivaient au Nord et sont rentrés au Sud au cours des derniers mois. Des milliers d'autres devraient suivre.

Nombre d'entre eux, comme Martha, vivaient loin de chez eux depuis si longtemps qu'ils ne se souviennent plus exactement de l'endroit où ils habitaient avant leur départ, ou que leurs maisons ont tout simplement disparu.  

Des défis importants attendant ces familles. Elles devront trouver une terre où s'installer ; trouver un moyen de gagner de l'argent ; et s'habituer à cette nouvelle vie. 

Elles sont de retour dans l'une des régions les moins développées au monde et viennent ajouter une pression supplémentaire sur des villages et des communautés qui luttent déjà pour se procurer suffisamment d'eau et de nourriture. 80% des adultes ne savent ni lire ni écrire ; rares sont les routes goudronnées ; le nombre d'écoles et de cliniques est limité ; et moins de la moitié de la population a accès à de l'eau potable

Martha m'a raconté que son mari, un soldat, est mort au combat. Autrefois, ils étaient agriculteurs. Mais elle a oublié depuis longtemps cette vie-là et n'a aujourd'hui aucune idée de la façon dont elle pourra gagner sa vie et nourrir sa famille. 

"Cela fait si longtemps... soupire-t-elle. Je ne sais même plus dans quel village nous vivions, s'il en reste encore quelque chose."  

"Il n'y a pas de comparaison entre la vie au Nord et ici. Khartoum est plus développé, mais ce n'était pas facile pour nous. Je suis heureuse d'être de retour même si nous n'avons ni maison ni travail, explique-t-elle, insistant : je suis heureuse d'être de retour."

"Je veux que mes enfants aillent à l'école, qu'ils vivent en paix et qu'ils ne connaissent pas les difficultés que nous avons eues ; qu'ils vivent une vie meilleure, à l'avenir."

 

En savoir plus

Diaporama : Focus sur le travail d'Oxfam au Sud-Soudan, à l'occasion du référendum

Note d'information : Après le grand jour du Sud Soudan : Quel avenir pour l'un des endroits les plus pauvres au monde ?

Blog : Le Sud-Soudan revient de loin, mais le chemin reste long

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