Afrique de l'Est : dans le camp de Dadaab, un an après la famine

Je me suis rendue pour la dernière fois à Dadaab, au Kenya, en juillet 2011. L’état de famine venait juste d’être décrété en Somalie et les réfugiés arrivaient en masse dans le camp, au rythme de 1 500 par jour. Ils avaient dû marcher plus de trente jours pour garantir leur sécurité et atteindre Dadaab, où ils arrivaient affaiblis, sous-alimentés et traumatisés par leur voyage. On y rencontrait quelques mères qui avaient dû prendre la terrible décision de laisser un de leurs enfants derrière elles et d’autres, plus nombreuses, qui avaient dû enterrer un enfant au bord du chemin. 

En arrivant à Dadaab presque un an plus tard, c’est une scène visiblement différente que j’observe en roulant à travers le camp. Les rues ne sont plus jonchées de carcasses d’animaux, il y a des feuilles sur les arbres et les milliers d’abris de fortune faits de branches et de sacs plastiques ont été remplacés par des tentes et parfois même des maisons en brique. Le site d’enregistrement des nouveaux réfugiés, autrefois si fréquenté, n’est plus aujourd’hui qu’un terrain vague déserté.

Oxfam était responsable de tâches très prosaïques : installation des systèmes d’alimentation en eau et application des mesures de santé préventive, telles que nettoyer ou installer des toilettes, montrer aux personnes comment utiliser un jerrycan et dispenser des formations simples mais vitales sur l’hygiène personnelle. Cela peut paraître évident mais pour une personne nomade qui a passé la majorité de son existence dans la brousse, l’importance culturelle de se laver les mains ou d’utiliser les toilettes peut lui être totalement étrangère, ce qui risque d’avoir des conséquences catastrophiques lorsque vous vivez dans un endroit surpeuplé. Oxfam est bien connu ici. Les gens ne disent que du bien de l’alimentation en eau du camp et répondent souvent que « l’eau, c’est la vie ». L’habitude de déféquer en plein air, que j’avais pu observer l’année dernière, appartient désormais au passé et les gens ne font plus rouler leurs jerrycans sur le sol. Ils restent propres et partagent entre eux leurs connaissances sur les microbes.

Le défi de Dadaab

Cependant, la vie à Dadaab est loin d’être idéale. Lorsque vous êtes réfugié au Kenya, vous n’avez pas le droit de travailler dans le pays. Les plus chanceux ont réussi à établir leur propre petite entreprise dans le camp mais beaucoup de réfugiés passent de longues journées à ne rien faire. Les enfants ayant réussi à obtenir une place dans l’une des écoles du camp suivent une instruction jusqu’à l’âge de 16 ans mais n’ont aucun débouché une fois leurs études terminées. Même les enseignants sont des réfugiés, à qui plusieurs organismes versent des « incitations financières » en guise de rémunération. J’ai fait la connaissance de Mohamed Hassan Dirige, un enseignant en école secondaire. Il est arrivé à Dadaab en 1991, à l’âge de 5 ans. Lorsqu’il vivait en Somalie, lui-même et toute sa famille se sont fait attaquer par des hommes armés qui les ont alignés, leur ont attaché les mains puis les ont abattus et laissés pour morts. Mohammed a survécu et a pris le chemin de Dadaab où il gagne aujourd’hui 8 000 shillings kényans par mois (environ 95 dollars). Il doit partager cette somme avec l’ensemble de sa famille, ce qui leur laisse moins de 60 centimes par jour pour vivre. Il reçoit toujours des rations alimentaires et son plus grand souhait serait de pouvoir rentrer dans son pays d’origine où il pourrait gagner un meilleur salaire. 

Oxfam fait appel autant que possible à des travailleurs réfugiés, rémunérés par des « incitations », pour effectuer des travaux tels que la construction de latrines et les campagnes de santé publique. Oxfam fournit également à certains réfugiés des outils, des semences et de l’eau pour leur permettre de démarrer leur propre exploitation coopérative. C’est le cas d’Omar Abdullah, 27 ans, qui cultive des tomates et des pommes de terre que sa famille vend ensuite sur le marché local. Il gagne environ 2 000 shillings kényans par semaine (environ 24 dollars), ce qui lui a permis de construire une maison en brique pour sa famille. Il espère pouvoir élargir son exploitation et, dans un an ou deux, survivre sans les rations alimentaires. 

La sécurité constitue l’une des préoccupations principales des réfugiés. Après l’enlèvement de deux travailleurs humanitaires en octobre 2011, plusieurs services vitaux assurés par les organismes d’aide ont dû être suspendus tandis que le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) n’était plus autorisée à enregistrer les nouveaux arrivants. Bien que la sécurité se soit aujourd’hui améliorée, les conditions de travail dans les camps demeurent dangereuses. Fin juin, deux chauffeurs ont été abattus et quatre travailleurs humanitaires enlevés – heureusement, cette fois-ci, ils ont pu être sauvés quelques jours plus tard. Presque chaque jour, quelqu’un découvre des engins explosifs improvisés, et presque chaque fois qu’un tel engin est découvert, les travailleurs doivent interrompre leur tâche.

Face à la pénurie de financements 

Toutefois, aujourd’hui, c’est la pénurie de financements pour le camp de réfugiés le plus grand du monde qui constitue le principal défi pour les organismes humanitaires. L’année dernière, les images de dizaines de milliers de Somaliens se réfugiant à Dadaab pour fuir la famine ont captivé l’attention du monde entier, qui a réagi en donnant généreusement. Toutefois, maintenant que les caméras de télévision sont parties, il reste peu d’argent pour fournir aux familles l’eau, les abris et les soins de santé dont elles ont désespérément besoin. Un camp de réfugiés ne devrait être qu’une solution temporaire mais Dadaab existe depuis vingt ans et il est grand temps de trouver une solution à long terme pour le camp comme pour ses résidents. Pourtant, les financements destinés à l’éducation et à la formation des personnes se sont épuisés alors qu’ils permettraient de consolider les compétences dont elles ont besoin pour se construire un avenir meilleur.

Pour tout un chacun, le camp de réfugiés de Dadaab est un environnement rude, parsemé d’obstacles. Ici, les gens désirent ardemment rentrer chez eux et ne veulent plus vivre de la charité. Toutefois, tant que la paix en Somalie ne sera pas garantie, ils n’auront d’autre choix que d’attendre et d’espérer.

Pendant ce temps, Oxfam et les autres organismes d’aide fourniront à quelque 465 000 personnes les services vitaux dont elles ont besoin, dont l’alimentation, l’approvisionnement en eau et l’éducation, pour les préparer à rentrer un jour chez elles.

En savoir plus

Oxfam face à la crise alimentaire en Afrique de l'Est

Rapport d'avancement : Crise alimentaire dans la Corne de l'Afrique (juillet 2011-juillet 2012)

Communiqué : Dans le plus grand camp de réfugiés au monde, les fonds d'urgence seront bientôt épuisés

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