Personne n’imagine être un jour qualifié de réfugié

Des enfants se cachent derrière les réservoirs d’eau. Des vêtements pendus à l’extérieur des tentes sèchent au soleil méditerranéen. Nous voici dans un campement de la vallée de la Bekaa, au Liban, où des réfugiés se sont installés. Ici, la moindre chose compte : une lampe à pétrole fièrement brandie par une Syrienne de 65 ans, qui nous a accueillis dans sa tente. Un téléviseur placé dans le coin d’une « maison » par ailleurs vide. Un jerrican d’eau et des plaques de tôle formant des toilettes de fortune partagées par les 40 familles installées ici.

Dans une forteresse précaire de toile fine, les anciens évoquent le jour où ils ont quitté la Syrie. Non loin derrière les montagnes voisines de la Bekaa se trouve la Syrie, leur pays désormais laissé à l’imagination ou bien entraperçu sur des images de destruction qu’ils gardent sur de précieux téléphones portables, dernier lien avec la terre perdue. Seul le souvenir d’un passé glorieux leur apporte un peu de joie, mais les rappelle aussi à la douleur de l’exil. 

C’est par une journée chaude de début juin que des collègues et moi-même avons visité les communautés au sein desquelles Oxfam mène des programmes humanitaires depuis quelques années. Les réfugiés que nous avons rencontrés s’efforcent de surmonter leur chagrin et le sentiment de ne pas être à leur place. Mais face à des épreuves insurmontables, la plupart des réfugiés syriens vivent au jour le jour : ils n’ont d’autre choix que de faire avec et la vie continue malgré les nouvelles incessantes de décès et d’anéantissements dans leur pays natal. 

Quiconque ne vit pas dans la région ne peut prendre toute la mesure des souffrances engendrées par la crise syrienne. Nos collègues d’Oxfam qui travaillent au Liban, en Syrie et en Jordanie entendent des témoignages de ce genre tous les jours. Chaque aspect de la vie quotidienne est pénible, de la difficulté de trouver du travail à l’absence d’éducation pour les enfants, sans oublier les complications pour les populations locales qui cohabitent avec les réfugiés. Tous font de leur mieux pour faire face à cette réalité. Mais les implications en termes de partage des ressources et de cohabitation ne sont pas simples dans le contexte actuel. Les communautés, Oxfam et ses partenaires s’efforcent de développer un sens de la solidarité , alors que les infrastructures et les services publics, comme la distribution d’eau et l’assainissement, se trouvent mis à rude épreuve et que les populations ont du mal à accéder aux soins de santé et à l’emploi. 

En vérité, personne n’imagine être un jour qualifié de réfugié. Derrière chaque numéro sans visage, il y a un cœur qui bat. À ce jour, 1,2 million de Syriennes et Syriens vivent au Liban. Près de 4 millions ont fui la Syrie, tandis que 7,6 millions sont déplacés sur le territoire syrien. D’innombrables vies se trouvent suspendues dans une attente interminable. 

A Syrian woman watches workers build Oxfam latrines in an informal refugee settlement in Lebanon’s Northern Bekaa where she lives with her family of 6. Photo: Oriol Andres Gallart/Oxfam

Ghazzeh, une petite ville située à une heure et demie à l’est de Beyrouth, compte désormais plus de réfugiés que d’habitants locaux. Nous y avons visité un programme de travail rémunéré en espèces, financé par la Coopération italienne et mené en collaboration avec la commune. Tous les jours, une douzaine de personnes, aussi bien des Libanais que des réfugiés syriens, travaillent dans l’installation de gestion des déchets solides de Ghazzeh, où ils filtrent jusqu’à 8 tonnes de déchets. Malgré l’odeur peu engageante, tous sourient : ils se réjouissent à l’idée d’être occupés, de faire partie d’une équipe et, surtout, de gagner de l’argent pour subvenir aux besoins de leurs familles. 

Au cours de cette semaine, pour marquer la Journée mondiale des réfugiés et l’approche du ramadan, Oxfam et ses partenaires basés au Liban, en Jordanie, en Italie, au Québec et au Pays de Galles ont organisé divers événements qui ont réuni Jordaniens, Libanais, Syriens et Palestiniens sous un même toit, dans une ambiance joyeuse et conviviale. Nous comptons ainsi continuer de rappeler les gouvernements à leur obligation de contribuer équitablement à atténuer les souffrances des Syriennes et Syriens, qui connaissent la plus grave crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale. Les pays doivent allouer davantage de fonds aux opérations humanitaires, telles que celles qui ont lieu dans la vallée de la Bekaa, soutenir le financement du développement à long terme dans les pays voisins, et accueillir les réfugiés les plus vulnérables dans le cadre de programmes de réinstallation à la mesure de cette crise. 

Par Adeline Guerra (@AdelineGuerra), conseillère régionale Campagnes et Communication 

Photos :

  • Une réfugiée syrienne au camp de Zaatari, 2014. Crédit : F. Muath/Oxfam
  • Une Syrienne regarde des ouvriers construire des latrines d'Oxfam dans un campement informel dans la vallée de la Bekaa, au Liban, où elle vit avec sa famille. L'hiver dernier, Oxfam a installé plus de 100 latrines dans cette zone, dont bénéficient plus de 1 200 réfugiés. De plus, quelque 160 citernes d'eau potable ont été mises en place. Crédit : Oriol Andres Gallart/Oxfam, Février 2015

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