Les leçons de Tabi

Les négociations sur le climat qui ont commencé il y a maintenant plus d’une semaine à Cancun paraissent pour beaucoup abstraites. Atténuation, LCA, financement précoces, AOSIS, REDD, LULUCF... Autant de sigles ou de mots mystérieux qui ne donnent pas forcément envie de se plonger dans ce sommet. Lorsqu’Oxfam parle "d’adaptation" au changement climatique, je vois parfois mes interlocuteurs plisser discrètement les yeux pour essayer de visualiser ce que signifie ce terme.

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de rencontrer des agriculteurs du village de Tabi, à quelques centaines de kilomètre de Cancun, qui luttent au quotidien contre les effets du changement climatique.

Agriculteurs depuis toujours, ces villageois maya cultivent essentiellement du maïs, à la base de leur alimentation quotidienne (la fameuse tortilla). Chaque famille cultive de petites parcelles pour leur consommation personnelle, qu’elles complètent avec des fruits, des poulets et quelques porcs.

Pourtant, depuis une dizaines d’années, les récoltes sont de plus en plus difficiles. Non seulement les températures augmentent, mais la fréquence des pluies est tellement irrégulière qu’il devient impossible de planifier correctement les semis et les récoltes. Après trois années de sécheresses, les dernières pluies ont été soudaines et très violentes. Des insectes rendent également le travail dans les champs encore plus difficile.

Selon le département mexicain en charge de l’agriculture et du développement rural, la production de maïs dans la région (90% des cultures à Tabi) représentait 400 kg par hectare en 2008 et 2009, soit une baisse de 50 à 60% sur les 15 dernières années.

Face à cette situation, les agriculteurs ont décidé de changer leurs méthodes de production, et avec le soutien de l’association Unorca, ils renouent avec des pratiques anciennes, comme la milpa maya mejorada. Avec une nouvelle utilisation des terres cultivables et des engrais biologiques, elles permettent un meilleur rendement des récoltes. Ils développent également des cultures plus résistantes comme des ananas ou des tubercules. Victoria, d’Unorca, explique que ces nouvelles méthodes n’ont pas été faciles à implanter, car elles demandent un important travail les premières années pour mieux préparer les terrains, mais qu’aujourd’hui les agriculteurs sont satisfaits de leur choix.

Debout dans le champ de maïs à écouter Gerardo expliquer comment ces techniques les aident à vivre décemment, les demandes pour soutenir l’adaptation des populations les plus vulnérables prennent soudain tout leur sens.

Une chose est certaine, les habitants de Tabi sont décidés à ne pas être des victimes du changement climatique. Mateo Canzuc, Gregorio, Aurelio ou Eunice Be Chuc sont des acteurs essentiels de la lutte contre le changement climatique et plusieurs d’entre eux feront le trajet (4h de route !) pour défiler à Cancun lors de la grande manifestation de la société civile prévue mardi 7 décembre.

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