Des toilettes en dur au camp Corail, à Haïti : un signe de transition

Je quitte rarement mon bureau. Bien que je travaille dans le cadre de notre intervention à la suite du tremblement de terre et de l’épidémie de choléra à Port-au-Prince à Haïti, ma mission en tant que chargé de la gestion des finances me retient au bureau.

Cependant, je saisis toujours les occasions d’aller voir les résultats du travail de mes collègues. Cela m’aide vraiment à faire le lien entre les piles de contrats et de documents de paiement sur mon bureau et la réalité du terrain. Quand John Kanani, ingénieur en santé publique, m’a dit qu’il allait faire une réunion avec des maçons au camp Corail, situé au nord de la ville, je lui ai donc demandé si je pouvais l’accompagner.

Le camp Corail a vu le jour à la suite du tremblement de terre de janvier 2010. Oxfam est chargé de fournir de l’eau potable et des installations sanitaires dans deux parties du camp. Les toilettes temporaires et les sanitaires qu’Oxfam a installés à l’ouverture du camp doivent aujourd’hui être remplacés par des infrastructures plus durables. De nombreux maçons et autres travailleurs qualifiés sont disponibles pour ce type de travail. Oxfam tient à s’assurer que nos maîtres d’œuvre emploient des personnes locales. De cette façon, nous fournissons à la fois des services essentiels et une source de revenus

Le trajet du bureau au camp Corail contourne le centre de Port-au-Prince. La banlieue chaotique déborde d’activité. Il y a des murs couverts de peintures colorées, des bus "tap tap" décorés de façon élaborée, des écoliers et des écolières bien habillé-e-s et des étals bien approvisionnés. A cette distance du centre de la ville, les seuls indices du tremblement de terre sont les tas de débris que l’on aperçoit de temps à autre. 

Le camp Corail, c’est autre chose. Des rangées de maisons qui ressemblent à des boîtes sont soigneusement organisées avec en toile de fond la chaîne des Matheux. C’est une réelle amélioration comparée aux tentes des débuts. Beaucoup de celles-ci parsèment aujourd’hui les collines environnantes au fur et à mesure que de nouvelles personnes affluent. On aperçoit peu de monde aux environs et la seule couleur dans le paysage est le bleu éclatant du ciel. Nous garons la voiture à côté d’une école fraîchement construite. Le sol est dur comme de la pierre. Le soleil brille tellement qu’il éblouit presque. La poussière est partout. 

Nous sommes accueillis par Barbara Dorcé, l’ingénieure en santé publique d’Oxfam dans le camp. Elle va mener les activités de la matinée. Des gens commencent à faire leur apparition. Finalement, environ soixante hommes se pressent sous la tente, profitant autant que possible de la seule ombre disponible. D’autres, y compris la police du camp, se faufilent dans la foule pour voir ce qu’il se passe. John veut savoir si les personnes présentes sont toutes maçons.

Chaque personne montre ses mains abîmées et poussiéreuses, exhibant fièrement ses durillons. Beaucoup hochent vigoureusement de la tête quand on leur demande s’ils ont des outils fournis par Oxfam dans le cadre de l’initiative pour des moyens de subsistance durables. Quelques-uns ont même leurs outils avec eux. John expose brièvement les plans de construction et demande aux personnes présentes de former des équipes. Le but de cette réunion est que ces équipes soient recrutées par les maîtres d’œuvre. L’équipe la plus performante décrochera alors un contrat. 

La réunion se fait au son des machines des sites de construction voisins. Le camp abrite déjà plus de 9 000 personnes et continue de s’agrandir. Après la réunion, John me montre quelques-uns des travaux les plus durables : des blocs de toilettes, chaque cabinet étant associé à un groupe de familles et disposant d’un verrou, des éclairages de sécurité fonctionnant à l’énergie solaire, des rampes permettant l’accès aux personnes handicapées et des barils de pétrole adaptés pour contenir de l’eau pour se laver les mains. Ces barils ont une importance toute particulière avec la menace du choléra.  

Haïti reste paralysé politiquement. Le processus électoral a commencé il y a des mois et a été source d’incertitude et de perturbation pour toute la population. Dans le même temps, des centaines de milliers de personnes restent dépendantes des abris et des services provisoires. Il me semble malheureusement que ces camps commencent à devenir permanents. Les résidents s’installent en effet dans les camps et ne voient pas d’alternative.

 

 

Les espoirs sont maintenant tournés vers les résultats des élections pour la présidence [qui ont eu lieu le 20 mars 2011]. Toutes et tous espèrent que cela relancera les efforts de reconstruction. Oxfam, ainsi que d’autres organisations internationales, continuent d’apporter leur soutien aux camps en cette période difficile. Malgré les nouvelles peu réjouissantes, ma visite au camp Corail m’a montré que nous apportons toujours un soutien concret aux personnes qui ont perdu leur logement lors du tremblement de terre. 

 

 

A l’entrée du camp, deux tentes ont été converties en un restaurant de fortune. L’entrepreneuriat commence à se développer dans le camp. Nous nous arrêtons rapidement pour manger du poulet en sauce avec du riz, puis nous rejoignons Port-au-Prince où je me remets au travail.

En savoir plus

> Lire le rapport : Haïti : de l’urgence au relèvement – Soutenir la bonne gouvernance en Haïti après le séisme - Les recommandations d'Oxfam pour la reconstruction de Haïti

> En images : La première année de travail d’Oxfam après le séisme à Haïti

> Rapport d'avancement 2010 d'Oxfam à Haïti

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