Vivre dans l’ombre funeste de la LRA

Inutile de chercher. Dans le village de Bangadi, en province Orientale, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), les traces des exactions perpétrées par les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) sautent aux yeux.

Situé près de la frontière avec le Soudan, où sévit également la LRA, et entouré de forêt, ce village est difficile à protéger.

Ses habitant-e-s vivent de l’agriculture, la pêche et la chasse, des activités qui les amenaient à s’enfoncer dans la brousse, jusqu’à l’arrivée de la LRA, il y a quatre ans. Depuis, face aux meurtres, aux destructions, aux pillages, aux enlèvements, aux viols et aux mutilations, les communautés vivent dans la terreur.

Des ressources plus restreintes

L'Institut technique agronomique de Bangadi est à l'abandon depuis une attaque de la LRA.

Les activités quotidiennes dont les habitant-e-s tirent l’essentiel de leurs revenus et de leur alimentation sont, pour une grande part, à l’arrêt. Plus de 12 000 personnes qui vivaient dans de minuscules habitations isolées aux alentours de Bangadi ont abandonné leur foyer pour s’installer au village, en quête d’une meilleure sécurité, bien qu’elle n’y soit pas garantie.

Ces événements ont cependant accru la pression exercée sur des ressources limitées telles que le logement, les denrées alimentaires et l’eau. Oxfam construit donc quatorze puits dans le village actuellement.

Rares sont les administrations et les services publics fonctionnant correctement dans cette région par ailleurs sous-développée. Il n’y a pas de service téléphonique ; seules les organisations humanitaires et l’ONU ont accès à Internet.

Je me suis rendue dans un institut agricole, à deux kilomètres à peine du village. Avec plus de 100 étudiants, c’était le principal centre d’enseignement agricole du district du Haut-Uélé. Les locaux sont à présent entièrement vides et désertés. La LRA a pris d’assaut et pillé le bâtiment il y a quatre ans. Les étudiants ont fui. Pour de bon.

Une intensification des attaques de la LRA

Après une brève accalmie en 2011, les attaques de la LRA dans la région ont nettement augmenté cette année. Selon Nicolas Akoyo, le président d’une association locale, deux à trois attaques ont été signalées tous les jours, la semaine précédant ma visite. « Ce ne sont pas des bandits comme le prétendent les Forces armées de la RDC, assure-t-il. Les gens sont constamment en danger ici. »

Anizugo, 16 ans, a été séquestré par la LRA pendant un an et demi.

La population, profondément traumatisée, vit dans la peur. Il suffit d’une rumeur de la présence de combattants de la LRA pour que des familles se sauvent dans la brousse. Les gens ne se sentent tout simplement pas en sécurité.

J’ai rencontré des personnes qui ont été détenues par les rebelles. Un jeune garçon enlevé à 12 ans et forcé à travailler dans les champs et à effectuer des tâches ménagères jusqu’à ce qu’il s’échappe. Une femme amputée de ses lèvres et de ses oreilles en guise d’avertissement. Selon les témoignages, les rebelles ont néanmoins changé de tactique au cours des derniers mois. J’ai rencontré des agriculteurs et des pêcheurs séquestrés pendant un jour, le temps de voir leurs stocks de nourriture dévalisés, mais relâchés sains et saufs.

Certes, il se peut que la LRA ait décidé de ne plus estropier et terroriser les villageois. Mais la terreur qu’ils ont instillée dans les esprits demeure profondément ancrée.

La population aspire à une solution pacifique

Les communautés font de leur mieux pour mener une vie normale. Une nouvelle école accueille désormais les enfants des familles déplacées. Les classes sont toutefois souvent interrompues dès que l’on apprend que la LRA se trouve à proximité ou a attaqué.

« Je ne peux pas partir ; ça va devenir un village fantôme où ne resteront plus que les vieillards », me rétorque Alphonsine Mbikanza, lorsque je lui demande si elle a jamais songé à s’installer ailleurs. Ce petit bout de femme, plus connue sous le nom de Mama Léa, est la coordinatrice dynamique d’un forum de femmes, mis sur pied avec l’aide d’Oxfam dans le cadre de son programme de protection en République démocratique du Congo. Aux côtés d’un comité local de protection, des volontaires identifient les difficultés et les menaces auxquelles ils font face et s’efforcent de porter leurs problèmes auprès des pouvoirs publics. Ils mènent également un travail d’information sur les services et les aides disponibles, ainsi que sur les droits et les responsabilités des communautés.

Pourtant, les problèmes de sécurité et les perturbations des écoles de Bangadi ont incité Mama Léa à envoyer deux de ses enfants étudier à Dungu que l’on rejoint par 125 kilomètres de chemins forestiers. Les terres familiales, à 9 kilomètres du village, ne sont plus cultivées depuis que la LRA a investi la région, il y a quatre ans.

Les rebelles ont jeté un voile funeste sur la vie des populations locales. Mais Mama Léa croit en la paix. Comme tout le monde ici, elle veut que la LRA soit supprimée, sans trop savoir comment. Pourtant, elle s’inquiète d’une intervention militaire musclée.

« Les gens n’en peuvent plus de la guerre. Si on tente de régler le problème par les armes, ce sont à nouveau des civils, nos frères et nos pères, qui perdront la vie. Nous ne supportons pas cette idée. Il faut une solution pacifique. »

Photos : Caroline Gluck/Oxfam

En savoir plus

Oxfam en République démocratique du Congo (RDC)

 

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