République démocratique du Congo : l’histoire de Fatou, à la recherche de sécurité

Une vague de violence dans l’est de la République démocratique du Congo a contraint des dizaines de milliers de personnes à fuir. Beaucoup, comme Fatou, se sont réfugiées au camp de Kibati, près de Goma.

À la fin juin, Fatou, son mari et leurs trois enfants ont fui la ville terrorisée de Kalengera où ils habitaient pour se cacher dans la brousse, n’emportant que les vêtements qu’ils portaient.

« Les gens étaient torturés et tués, les femmes violées et les enfants enlevés. Nous avions peur des bandits, d’être exécutés ou brûlés vifs dans notre maison, raconte-t-elle. Nous avons pensé que nous serions plus en sécurité dans la forêt, qu’au moins nous éviterions le kidnapping de nos enfants. Le soir, nous allions vite ramasser quelques légumes dans nos champs, puis nous rentrions à la maison pour les cuire, mais seulement pour une heure ou deux. Nous ne pouvions pas prendre le risque de rester plus longtemps. Nous retournions ensuite en forêt pour essayer de dormir. »

Fatou, au camp de Kibati, près de Goma, en RDC

Après deux semaines, décidée à fuir la montée de violence, Fatou s’est jointe aux vagues de civils qui se dirigeaient vers Goma, la capitale du Nord-Kivu.

« Nous avons eu de la chance : mes trois enfants, mon mari et moi avons pu monter dans un camion qui quittait notre ville. Mes frères y ont aussi trouvé une petite place. »

Mais le camion fut arrêté par un groupe de rebelles qui les dépouillèrent brutalement des rares effets personnels qu’ils avaient pu emporter.

« Les rebelles ont ensuite fait descendre tous les jeunes hommes du camion, sous la menace de fusils. Mes trois jeunes frères ont été emmenés. Nous n’avons plus eu de nouvelles d’eux depuis. D’après nos voisins, les rares à être restés à Kalengera ont été enlevés et enrôlés de force, même les enfants. »

Des milliers d’autres pourraient raconter des histoires similaires au camp de Kibati, qui abrite désormais jusqu’à 50 000 personnes arrivées ces dernières semaines, fuyant la violence et les nombreux groupes armés qui contrôlent toute la partie orientale de la RDC.

Les conditions de vie dans le camp sont extrêmement difficiles. « Quand nous sommes arrivés, ma cadette a attrapé le paludisme. Nous n’avons pas trouvé l’aide qu’il lui fallait. Elle est morte ici », dit-elle d’un air incrédule.

Fatou et sa famille dans un abri de fortune

Dans un petit abri au milieu du camp, constitué d’une bâche étayée de bouts de bois, Fatou nous explique qu’elle a peur de rentrer chez elle, des représailles et des attaques.

« Nous avons envisagé de rentrer parce que nous craignons de mourir de faim ici. Mon mari essaie de trouver du travail et il nous arrive de manger un peu le soir. Mais parfois nous n’avons rien. Pourtant, nous sommes terrifiés à l’idée de rentrer. J’ai peur d’être violée et mon mari d’être séparé de nous et forcé à se battre du côté des rebelles. Même ici, dans le camp, des gens se font attaquer. Nous ne sommes en sécurité nulle part. Nous redoutons d’être les prochaines victimes de la guerre. Et si les rebelles arrivaient jusqu’à Kibati ? Nous vivons tous les jours dans la terreur. Quand je vais couper du bois à l’extérieur du camp, le spectre du viol me fait trembler. Mais je n’ai pas d’autre choix. Comment pourrions-nous cuisiner autrement ? »

Je demande à Fatou qui devrait la protéger. « Seul Dieu peut nous protéger dorénavant. À mon avis, personne d’autre ne le peut ; en tout cas, personne ne l’a fait jusqu’ici », répond-elle.

Les équipes d’Oxfam approvisionnent Kibati en eau potable par camion-citerne et construisent des latrines pour améliorer l’hygiène dans le camp.

En savoir plus

Blog : R.D. Congo : instaurer la sécurité là où règne la peur

Photos : Le travail d'Oxfam dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC)

Note d'information : « Pour moi, mais sans moi, c'est contre moi » : Pourquoi les tentatives de stabilisation de la République démocratique du Congo sont infructueuses (PDFjuillet 2012)

Conflit en République démocratique du Congo

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