Les dirigeants du G8 réunis à Toronto m’ont hautement déçu

Je suis arrivé au G8 après un long détour. Un jour plus tôt, j’étais à Dandora, un site toxique près de Nairobi où les petites filles, dont certaines n’ont même pas cinq ans, vivent sur un monticule composé de déchets humains et toxiques. Elles survivent en se disputant, avec les cochons sauvages, les débris d’ordures, forcées de vendre leurs corps pour avoir accès aux lieux de cueillette les plus riches.

J’étais là pour témoigner de l’efficacité de l’aide avant de me rendre au sommet de Toronto à titre d’ambassadeur d’Oxfam International. Comic Relief, une œuvre de bienfaisance britannique, sauve les enfants de ce dépotoir et les éduque dans un environnement sécuritaire qui s’apparente à celui d’un conte de fée.

Au G8, j’ai fait du plaidoyer, à la télévision et à la radio, pour que le G8 agisse. J’ai fait de mon mieux pour mettre de la pression sur les dirigeants afin qu’ils honorent leurs promesses d’aide faites en 2005 à Gleneagles, en Écosse. Il manque 20 milliards de dollars pour que les promesses des gouvernements soient respectées cette année. Il suffit de 220 $ pour sauver une fille de Dandora. Pensez seulement à la différence que cette somme pourrait faire en Afrique et ailleurs.

Le sommet s’est tout de même achevé avec la promesse de fournir 7,3 milliards de dollars pour améliorer la santé maternelle et infantile. C’est une bonne nouvelle, penserez-vous. Surtout lorsque 1.000 femmes et filles meurent de complications évitables à l’accouchement et lorsqu’on estime qu’un montant de 10 milliards de dollars par an est nécessaire pour résoudre le problème.

Tristement, cette bonne nouvelle a ses limites. L’argent promis s’étale sur une période de cinq ans. Le G8 a promis seulement 5 milliards, le reste sera fourni par un regroupement d’autres pays, en plus de la Gates Foundation. Je trouve incroyable de constater qu’avec 1,5 milliards sur cinq ans, Bill and Melinda Gates déboursent presque le tiers du total du club formé par les économies les plus riches au monde.

Pire encore, la promesse d’argent neuf n’est qu’un simulacre de comptabilité créative. Sans véritable augmentation de l’aide globale du G8, cet argent devra être pris dans d’autres secteurs, comme les budgets pour la nourriture, l’eau potable, la santé ou l’éducation. J’aimerais que quelqu’un m’explique comment la santé d’une mère devrait être assurée en sacrifiant l’éducation de ses enfants.

RHT_blog_main.jpg" width="500" height="332" />

Maintenant que l’attention se tourne vers le G20, qui a la chance de réparer les promesses brisées du G8, les dirigeants discuteront d’une idée toute simple mais géniale : une taxe pour les banques et les fonds spéculatifs. Cette taxe, aussi appelée taxe Robin des bois, pourraient permettre d’amasser 400 milliards de dollars annuellement pour de bonnes causes. Oxfam fait pression pour que la moitié de cet argent serve à aider les personnes pauvres, les plus touchées par la crise économique, à lutter contre la faim et les changements climatiques.

Les spéculations du secteur financier ont été une des causes principales de la crise économique. Cependant, suite au sauvetage des banques par des subventions s’élevant à 17 trillions, celles-ci retournent à leurs bonnes vieilles habitudes d’offrir de généreux bonus. Alors que les banques représentent l’industrie la plus rentable de la planète, elles sont les moins taxées. Comme les gouvernements riches ne veulent pas honorer leurs promesses, ils sont sûrement en mesure de demander aux banquiers d’épargner leur petite monnaie pour aider les filles de Dandora et les millions de personnes qui n’ont besoin que d’un petit coup de pouce de notre part pour repartir sur des bases solides et s’aider elles-mêmes.

Aucun banquier sur terre ne peut supporter de voir le site toxique de Dandora, de regarder ces petites filles qui n’ont que cinq ans se battre avec des cochons sauvages pour de la nourriture pourrie, et ensuite manger à leur aise tout en tendant la main vers leur bonus au lieu d’appuyer une taxe Robin des bois.  

J’invite formellement les banquiers seniors à venir voir ce que j’ai vu et se faire leur propre idée.

Agissez

Video: Bill Nighy s’entretient seul à seul avec les dirigeants du G8 à Huntsville, Ontario

Les derniers blogs, vidéos, photos et tweets d'Oxfam au curs des sommets G8/G20

Partagez cette page: