Les pêcheurs de Gaza privés de mer par le blocus

Les pêcheurs de Gaza ont besoin de pouvoir accéder a la mer, pas de recevoir du poisson importé d’Israël, explique Catherine Weibel.

Le grand bateau qui rouille sous le soleil du port de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, évoque une baleine échouée. Ces temps-ci, il se contente de fournir de l’ombre à son propriétaire, Jamal Bassala, tandis que celui-ci raconte comment il prenait jadis la mer avec une douzaine d’employés pour gagner sa vie. Le bateau n’a pas quitté le rivage en trois ans : les autorités israéliennes, qui déclarent agir pour des raisons de sécurité, limitent sévèrement l’accès des pêcheurs de Gaza aux eaux poissonneuses.

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Depuis janvier 2009, l’accès a encore été réduit pour se limiter désormais à 3 miles nautiques de la côte [1] (environ 5 kilomètres), distance insuffisante pour atteindre les bancs de grands poissons et de sardines. Entre 2008 et 2009, les prises totales à Gaza ont diminué de 47% et les prises de sardine de 72% [2]. Gaza, une enclave côtière dotée de pêcheurs chevronnés et équipés de bateaux, dépend désormais des importations de poisson d’Israël [3] ou même du poisson importé d’Egypte via les tunnels qui courent sous la frontière. Certains pêcheurs palestiniens racontent aussi être entrés illégalement dans les eaux égyptiennes pour acheter du poisson à leurs collègues égyptiens au large.

« Le blocus a créé une situation absurde : des personnes qualifiées qui ne demandent qu’à travailler dépendent de l’aide pour nourrir leurs familles », explique Fran Caller, chef du bureau d’Oxfam à Gaza. « Nous voyons des gens qui employaient autrefois jusqu'à 20 personnes nous demander de participer à nos programmes cash for work. Même si ces programmes n’offrent qu’un maigre revenu temporaire, ces personnes – d’anciens hommes d’affaires, des pêcheurs indépendants et même des employeurs – demandent désespérément à en faire partie, même si cela signifie souvent effectuer des travaux manuels. Le blocus a rendu toutes ces personnes dépendantes de l’aide humanitaire », ajoute-t-elle.

A cause du blocus, Jamal Bassala, pêcheur, ne peut plus gagner sa vie sur son bateau. Il est dépendant de l’aide humanitaire pour nourrir sa famille.

Il y a quelques mois, Jamal a aidé Oxfam à construire des routes agricoles dans Gaza. Aujourd’hui, il répare des filets de pêche dans le cadre d’un programme d’aide géré par une agence de l’ONU. Il ne sait pas ce qu’il fera le mois prochain. « Avant j’achetais un kilo de viande chaque semaine pour mes 12 enfants, mais depuis le début du blocus je ne peux plus me permettre d’acheter que 250 grammes par semaine, et à condition que je trouve du travail », explique-il. Jamal ne pouvant plus s’acheter de nouveaux vêtements, il recoud les anciens avec le fil qu’il utilise pour réparer les filets. « Ecoute, je suis reconnaissant pour toute l’aide que moi et ma famille recevons, mais je préférerais que vous me preniez en photo en train de travailler sur mon bateau, comme mon père, mon grand-père et mon arrière grand père l’ont fait avant moi », lance-t-il.

« Des travailleurs qualifiés qui ne demandent qu’à travailler sont devenus dépendants de l’aide humanitaire pour nourrir leurs familles »

Selon le CICR, près de 90% des 4 000 pêcheurs de Gaza sont désormais considérés comme pauvres ou très pauvres [4], soit une augmentation de moitié par rapport à l’année 2008. En raison des restrictions qui pèsent sur la pêche, les pêcheurs professionnels ne peuvent plus ni avoir une activité rentable, ni financer l’entretien de leurs bateaux, dont beaucoup sont désormais en mauvais état. Paradoxalement, nombre de Palestiniens de Gaza ont commencé à sortir en mer dans de petites barques pour pêcher près du rivage, parce qu’ils ne peuvent plus acheter d’autres sources de protéines pour leurs familles.

La nuit, les petites lumières de douzaines de barques s’alignent le long du sombre horizon. De temps à autre, la puissante lampe d’un navire de guerre israélien illumine et scrute la nuit pour obliger les pêcheurs à rester près du rivage. On peut parfois entendre résonner des tirs au loin. Les navires de guerre israéliens auraient tiré au moins 69 fois vers les navires de pêche palestiniens au cours de sept premiers mois de l’année 2010, tandis que les forces égyptiennes auraient fait feu à deux reprises vers des bateaux palestiniens. Un pêcheur aurait été tué et trois autres blessés par les forces israéliennes au cours de l’année. Dans leur lutte pour gagner leur vie, de nombreux pêcheurs sont contraints de naviguer aussi près que possible de la limite des trois miles nautiques. Certains pêcheurs rapportent avoir été arrêtés par les forces israéliennes, qui leur ont bandé les yeux et les ont interrogés avant de les relâcher au point de passage d’Erez, après avoir confisqué leurs bateaux.

Alors que l’accès à la mer est verrouillé, le futur des pêcheurs de Gaza semble plus sombre que jamais.

En savoir plus:

Crise à Gaza

Notes

  1. La zone de pêche précédente était de 6-9 miles nautiques avant l’opération “Plomb Durci”, de 12 miles nautiques au terme de l’Accord Bertini, et de 20 miles nautiques au terme des Accords d’Oslo.&#8617
  2. Source: Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).&#8617
  3. Depuis août 2009, les importations de poisson frais d’Israël ont augmenté de manière spectaculaire : 4 tonnes de poisson frais ont été importées en novembre 2008, 32 en octobre 2009 et 26 en mars 2010.&#8617
  4. Le Comité International de la Croix Rouge (CICR) considère comme pauvres les pêcheurs dont le revenu mensuel est compris entre 100 et 190 dollars, et comme très pauvres ceux qui gagnent moins de 100 dollars par mois. Selon un partenaire d’Oxfam, le Centre palestinien des Droits de l’Homme (PCHR), les pêcheurs de Gaza fournissaient autrefois un revenuàa près de 40 000 personnes, y compris des mécaniciens, des vendeurs de poisson et des milliers de familles de pêcheurs.&#8617
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