Quand les choses changeront-elles pour Haïti ?

Ces dix derniers mois, en plus d'une extrême pauvreté, Haïti a dû faire face à un tremblement de terre, de fortes pluies et des tempêtes, et maintenant une épidémie de choléra qui se propage rapidement. Alors que de l'extérieur, le rétablissement de Haïti semble très lent, les organisations qui travaillent sur le terrain se demandent par où elles doivent commencer.

Port-au-Prince, une ville conçue pour 250 000 personnes, en abrite 3 millions. Beaucoup vivent dans des maisons de fortune ou des tentes perchées sur les flancs de montagnes verdoyantes, qui ne cessent d'envahir la ville. Cette situation est due au manque d'emplois dans les zones rurales. Un grand nombre de ces personnes ne possédaient pas de maisons ou de terrains et se sont trouvées dans l'obligation de squatter illégalement la ville après le séisme. Où construire de nouveaux abris pour eux ? Il n'y a pas de terres disponibles.

Il y avait déjà 80 % de personnes sans emploi avant le séisme et aujourd'hui une grande part des emplois rémunérés ont disparu à cause des infrastructures qui se sont effondrées. Le séisme a détruit beaucoup d'hôtels, d'écoles, et d'usines, laissant de nombreux individus sans travail.

La plupart des gens ne peuvent pas obtenir de prêts auprès des banques et sont dépendants des usuriers qui demandent des taux d'intérêt exorbitants. Etant donné que 80 % des écoles sont privées et très coûteuses, les enfants reçoivent une éducation irrégulière car les parents n'ont pas les moyens de payer leur scolarité et autres frais. Les services de santé sont également très coûteux. Les petites entreprises sont vulnérables à l'instabilité des marchés et des prix alimentaires ainsi qu'à l'instabilité politique et aux désastres naturels.

Chômage et pauvreté

L'ouragan Tomas et le choléra ont frappé Haïti, provoquant des conséquences dévastatrices. En plus des dégâts en termes d'infrastructure et de santé, ces désastres représentent également des enjeux majeurs qui doivent être pris en compte et qui sont liés au manque de nourriture et au chômage. Les producteurs de riz ont suspendu la récolte de riz de peur que l'eau soit contaminée par le choléra. Les marchés des zones affectées par le choléra sont vides car les gens ont peur de manger des aliments qu'ils n'ont pas préparé eux-mêmes. Les gens craignent d'acheter du sel de mer et des sachets de peur qu'ils soient également contaminés. Beaucoup de familles ont perdu leurs rentrées d'argent en raison de l'épidémie de choléra.

Pour la plupart des organisations humanitaires qui travaillent en Haïti,  la question n'est pas comment répondre à un tremblement de terre ou une autre urgence mais comment gérer l'extrême pauvreté dans un pays qui ne peut même pas fournir des services de base à ceux qui ont été affectés par le désastre.

Des progrès visibles

Bien que les choses puissent sembler lentes et limitées, des progrès sont réalisés et des plans pour l'avenir sont en cours. Oxfam a aidé plus de 35 000 ménages (environ 175 000 personnes) en distribuant de la nourriture aux personnes qui en ont le plus besoin et en les aidant à retrouver un emploi. C'est ainsi qu'Oxfam a distribué des repas chauds pendant une période de deux mois aux familles les plus vulnérables ayant tout perdu pendant le séisme et donné 175 dollars à chacune de ces familles pour leur permettre de redémarrer leur activité économique. 87% des familles ayant bénéficié de ces activités ont pu redémarrer leur entreprise avec succès. Les cuisiniers qui ont préparé ces repas ont eux aussi bénéficié du soutien d'Oxfam pour redémarrer leur entreprise et reçu des fours économiques réduisant de moitié leur consommation de charbon. Des milliers de familles pauvres ont eu l'opportunité de redémarrer leur entreprise grâce aux dons d'Oxfam. De plus, Oxfam a formé plus de 1 000 personnes ayant des compétences professionnelles dans l'industrie de la reconstruction. Tous ces gens ont perdu leurs outils lors du séisme et ont reçu des kits pour être en mesure de répondre à la forte demande en compétences d'une ville qui doit être reconstruite.

Des programmes de long terme

Bien qu'ici la situation soit très complexe et que Haïti doive constamment faire face à des désastres, nous avons en tant qu'organisation humanitaire la capacité d'apporter des changements positifs, désespérément nécessaires. Beaucoup de ces changements sont déjà en cours.

Les prochains mois, qui seront marqués par les résultats des élections, seront cruciaux pour notre planification, riche en propositions de financement pour les travaux de développement à long terme, à Haïti. Une grande majorité des programmes pour aider les gens à se relever commenceront à prendre forme.

Phillipa Young est Coordinatrice de la Sécurité alimentaire d'urgence et des moyens de subsistance pour Oxfam en Haïti.

A Haïti, Oxfam apporte son soutien à près d'un million de personnes à la suite du séisme survenu le 12 janvier 2010. Oxfam agit notamment dans la distribution d'eau potable, la mise en place d'infrastructures sanitaires, des programmes d'hygiène et des initiatives "argent-contre-travail".

En savoir plus

L'action d'Oxfam à Haïti à la suite du séisme

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