Droits des femmes : n’attendons pas un siècle de plus

Depuis la première Journée internationale des femmes, il y a cent ans, beaucoup de progrès ont été réalisés en ce qui concerne les droits des femmes. Les festivités du centenaire passées, beaucoup reste encore à faire. 

Cette année, à l’occasion de la centième Journée internationale des femmes, Oxfam a mis l’accent sur le rôle des femmes dans la production alimentaire, une question particulièrement importante aujourd’hui, alors que les prix des denrées alimentaires ont considérablement augmenté au niveau mondial et que plusieurs régions du globe sont confrontées à des pénuries. Des événements ont été organisés aux quatre coins du monde pour soutenir les femmes, particulièrement les agricultrices et productrices, leur donner une plus grande visibilité et faire comprendre le rôle vital qu’elles jouent pour nourrir la planète ainsi que les défis qu’elles doivent chaque jour relever. 

Oxfam estime que pour endiguer la pauvreté, les femmes doivent connaître leurs droits et être en mesure de les faire respecter. Il est aussi essentiel qu’elles puissent prendre part aux décisions qui les affectent. 

Prenez l’exemple de l’accès à la nourriture. Chaque jour, presqu’un milliard de personnes vont se coucher la faim au ventre, dont beaucoup sont des femmes et des enfants. Ce chiffre fait froid dans le dos. Mais la situation risque aujourd’hui de s’aggraver alors que les réserves alimentaires sont soumises à des pressions de plus en plus fortes, sous le coup de facteurs tels que le changement climatique, responsable de sécheresses dans certaines régions et d’inondations dans d’autres et l’augmentation de la population mondiale, qui devrait atteindre 9 milliards de personnes au milieu du siècle. 

Les femmes produisent l'essentiel de l'alimentation mondiale

Saviez-vous que dans de nombreux pays en développement, ce sont les femmes qui effectuent en majorité les travaux agricoles et produisent en grande partie la nourriture consommée par leur famille ? Et pourtant, malgré leur rôle central, elles sont rarement prises en considération dans des décisions qui concernent la production alimentaire, aussi bien au niveau local qu’international. En Afrique subsaharienne, les femmes produisent entre 70 et 80% de la nourriture du foyer alors qu’elles ne possèdent qu’1% de la terre et sont, de ce fait, souvent "invisibles" aux yeux de ceux qui élaborent les politiques de soutien à la production agricole et alimentaire. Une étude montre que seule 5% des formations et des services d’aide dans le domaine agricole sont destinés aux femmes en milieu rural. Cette même étude montre également qu’en Afrique les femmes ne reçoivent que 10% des prêts alloués aux petits exploitants agricoles. 

Si les femmes avaient le même accès que les hommes aux aides agricoles, la production agricole pourrait augmenter et le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde pourrait être réduit de 100 à 150 millions de personnes, selon l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). 

Oxfam a donc décidé que le 100e anniversaire de la journée internationale des femmes serait l’occasion de donner une plus grande visibilité aux petites productrices. Des événements ont été organisés dans le monde entier pour leur permettre de s’exprimer, de rencontrer des responsables politiques, les médias, le public, de partager les défis auxquels elles sont confrontées et les solutions trouvées, et de faire connaître à la fois leurs réussites et leurs besoins pour des politiques soient mises en place en leur faveur.

Des événements de par le monde

En Tanzanie, des centaines de femmes ont manifesté dans la capitale, Dar es Salam, et ont remis au gouvernement des milliers de cartes célébrant la contribution des femmes et appelant le gouvernement à la reconnaître, à améliorer son soutien aux paysannes, à renforcer les droits des femmes à la propriété foncière et à mettre fin aux violences liées au genre. 

Au Bangladesh, une "audience des paysannes" était organisée. Ce fut l’occasion pour les agricultrices de partager leurs histoires avec les responsables politiques et le public, de faire prendre conscience de la contribution des paysannes dans la production alimentaire et de mettre en lumière les problèmes dont elles sont les premières victimes, notamment le changement climatique. Le ministre d’Etat présent a été tellement touché par l’histoire d’Ambia Khatun, une des témoins du village de Kadhimpur, qu’il l’a invitée à partager son histoire avec le Premier ministre. 

Au Pérou, cent femmes, accompagnées de la maire de Lima (la première femme à occuper ce poste), ont présenté cent messages concernant la réalité des femmes vivant en milieu rural et ont demandé aux autorités de reconnaître le rôle de ces femmes dans l’approvisionnement en nourriture de leur famille et des villes. Elles ont exposé les défis auxquelles elles sont confrontées, par exemple le fait de ne pas posséder la terre où elles travaillent ou de ne pas recevoir un salaire juste pour leur travail. 

Au Mexique et aux Philippines, des discussions et des ateliers sur le rôle des femmes dans la production alimentaire et des foires alimentaires traditionnelles ont été organisés, pour promouvoir les produits des paysannes.

Aux Etats-Unis, en Australie, au Canada et au Royaume-Uni, des militants ont organisé des dîners, des événements et des projections de films pour sensibiliser l’opinion publique au rôle des femmes en tant que productrices agricoles. 

Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux événements qui ont été organisés autour du monde pour célébrer le rôle des femmes à l’occasion du centenaire de la Journée qui leur est dédiée. Aujourd’hui, près d’un mois après ces célébrations, il reste capital de parler encore et encore de ces questions, chaque jour, inlassablement. N’attendons pas cent ans de plus pour que le rôle et les droits des femmes, en tant que principales productrices de l’alimentation mondiale et en général, soient reconnus à leur juste titre.

En savoir plus

> Journée internationale des droits des femmes 2011

> Vidéo : "Marche à mes côtés", la longue marche de la RD Congo pour la justice

> Le travail d'Oxfam sur l'égalité des genres

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