La Somalie ne se résume pas au terrorisme et à la piraterie

Ce 23 février, des chefs d'État, de hauts responsables et Ban Ki-moon se réunissent à Londres pour discuter des menaces à la sécurité que pose la Somalie et de l'avenir de son gouvernement.

Les problèmes que connaît la Somalie trouvent leur origine essentiellement à l'intérieur du pays où les factions belligérantes sont accusées d'entraver et de détourner l'aide humanitaire. Pourtant, les politiques d'autres États ont également eu une influence considérable. Davantage axées sur la sécurité internationale que sur les besoins, les intérêts et les souhaits de la population somalienne, ces politiques ont malencontreusement attisé le conflit et la crise humanitaire.

Peut-être avez-vous vu les images de ces gens aux prises avec la pire crise alimentaire que la Somalie ait connue depuis des années. Bien que ces images n'apparaissent plus guère sur nos écrans, les chiffres de la crise révèlent la terrible réalité à laquelle les Somaliens et Somaliennes font face. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie au cours des deux derniers mois. Ils sont encore 2,4 millions à nécessiter des secours d'urgence tandis que 325 000 enfants continuent à souffrir de malnutrition aiguë.

La conférence de Londres sur la Somalie

Il n'est pas nouveau que la Somalie suscite l'inquiétude internationale : le pays n'a plus de gouvernement opérationnel depuis une vingtaine d'années. Le peuple somalien a bien essayé d'organiser son pays, mais les violences et les conflits de pouvoir ont malheureusement éclipsé ces tentatives et l'on ne fait aucun cas des intérêts de la majeure partie de la population. Les participants à la conférence de Londres se proposent d'aborder toute une série de questions : sécurité, processus politique, stabilité de la région, lutte contre le terrorisme, piraterie, situation humanitaire et coordination internationale.

Hélas, ce faisant, les ministres et autres hauts responsables internationaux répètent l'erreur qu'ils commettent depuis des dizaines d'années, celle de ne pas prêter l'oreille au peuple somalien. La Somalie ne se résume pas au terrorisme et à la piraterie.

Ce que le peuple somalien souhaite

Les Somaliens et Somaliennes que nous rencontrons affirment vouloir vivre leur vie, sans les redoutables perturbations de la guerre et de la famine. Ils aspirent à un travail et des revenus stables pour nourrir leur famille tous les jours et envoyer leurs enfants à l'école. Ils demandent à la communauté internationale de s'efforcer en priorité de satisfaire les besoins élémentaires et immédiats des habitant-e-s pour leur permettre de reconstruire leur vie, retrouver la dignité et relever leur pays de vingt années de conflit.

Déjà résolue à intervenir encore, la communauté internationale devrait au moins écouter les priorités de la population somalienne. Par exemple, selon Hadija*, une femme de 50 ans originaire de la région de Galgadud, ils "devraient aider les jeunes au chômage : créer de l'emploi et dispenser des formations professionnelles afin de les dissuader de verser dans la criminalité. Nous avons besoin d'aide pour renforcer les administrations locales et communautaires et pour construire des écoles et des hôpitaux. Ce dont les Somaliens ont besoin, c'est d'une paix durable et de sécurité pour permettre aux femmes et aux enfants de vivre à l'abri de la peur."

Changement de priorité 

Dans un nouveau rapport intitulé Changement de priorité – Faire passer en premier les intérêts du peuple somalien, Oxfam réoriente l'ordre du jour de la conférence qui doit se concentrer, non plus sur les problèmes de sécurité, mais sur l'adoption de mesures concrètes afin d'apporter une solution politique inclusive au conflit et à la crise.

La conférence doit avant tout reconnaître que la Somalie demeure confrontée à une situation humanitaire catastrophique, des millions de personnes nécessitant des secours d'urgence. Si la sécheresse régresse dans certaines parties du pays, une recrudescence des combats oblige de nouveau les habitants à abandonner leur maison et leur ferme pour se réfugier dans les pays voisins ou d'autres régions du pays. Le monde ne doit pas détourner son attention de cette crise humanitaire.

La communauté internationale doit en outre remédier au fait que la frontière entre intervention humanitaire et intervention militaire s'est brouillée, ce qui compromet l'indépendance indispensable aux organisations humanitaires pour apporter une aide vitale à ceux et celles qui en ont besoin. Nous avons besoin d'une nouvelle dynamique internationale qui permette aux organisations humanitaires d'accéder librement aux victimes pour sauver des vies et les aider à se reconstruire.

Il faut de toute urgence renouveler l'approche de la Somalie. Les Somaliens et Somaliennes demandent à avoir davantage voix au chapitre dans les efforts de pacification et de sécurisation de leur pays. Après l'échec de vingt ans d'intervention extérieure, la communauté internationale doit soutenir un processus de paix qui associe la population locale et tienne compte de ses besoins, ses intérêts et ses souhaits. La réponse du monde au terrorisme ne doit pas aggraver la situation d'une population qui s'évertue à vivre une vie normale. Une escalade de la violence ne résoudra pas le conflit.

Une solution aux problèmes de la Somalie ne peut être durable que si la population somalienne se l'approprie. Des années d'une ingérence internationale essentiellement axée sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme ont involontairement accru l'instabilité et exacerbé les besoins humanitaires. La communauté internationale peut jouer un rôle positif, mais doit favoriser les solutions qui, pilotées par la Somalie, font passer les intérêts de la population en premier.

* Nom fictif

En savoir plus

Télécharger le rapport : Changement de priorité : faire passer en premier les intérêts du peuple somalien

Oxfam face à la sécheresse et au conflit en Somalie

Oxfam face à la crise alimentaire en Afrique de l'Est

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