Burkina Faso : De la soumission à la révolte pour un avenir meilleur pour le peuple

Des morts, des blessés, des édifices publics et des maisons parties en fumée, des dégâts matériels évalués à coup de milliards de FCFA, tel est le constat qui s’impose après le soulèvement populaire que le Burkina Faso a vécu en cette fin octobre 2014. Le décor est certes triste en ce début novembre, mais la révolte populaire a mis fin à  l’un des pouvoirs les plus anciens et tenaces du continent africain. Cela suscite du coup un espoir immense pour tout un peuple ;  et même  chez certains anciens élus de l’ex-majorité au pouvoir, peinés d’avoir tout perdu, mais paradoxalement fiers de cette « révolution » porteuse d’espoir.

Un pays réputé soumis et stable au bord du précipice

Le Burkina Faso, situé au cœur de l’Afrique occidentale, est balayé depuis le 30 octobre par un vent de changement porté par son peuple. En effet, le pays a connu les 30 et 31 octobre 2014 le deuxième soulèvement populaire de son histoire qui s’est soldé par le renversement du Président Blaise Compaoré au pouvoir depuis 27 ans. A l’origine de l’une des plus graves crises que le pays ait connu depuis son ascension à l’indépendance se trouverait un ras-le-bol généralisé, né de la volonté de la majorité au pouvoir de faire voter par l’Assemblée nationale un projet de loi portant modification de l’article 37 de la Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels, pour permettre au Président Blaise Compaoré de briguer à nouveau la magistrature suprême pour la cinquième fois consécutive. A l’appel des partis politiques de l’opposition et de la société civile, des centaines de milliers de personnes ont envahi la rue le 30 octobre 2014 pour empêcher le vote de ce projet de loi. Dans la foulée, les manifestants ont saccagé et brulé l’Assemblée nationale, le siège du CDP, parti au pouvoir, et les domiciles des personnes proches du régime au pouvoir, pour ensuite marcher jusqu’aux abords du palais présidentiel pour exiger la démission du Président du Faso. Ce soulèvement populaire, qui aurait engendré une trentaine de morts et plusieurs blessés chez les manifestants selon la presse nationale, aura  finalement raison du Président Blaise Compaoré qui rendra sa démission le lendemain 31 octobre 2014 sous la pression de la rue de plus en plus forte. 

Une insurrection populaire et nationale

Outre la capitale politique, Ouagadougou, et la capitale économique, Bobo-Dioulasso, de nombreuses villes de l’intérieur du pays (Ouahigouya, Koudougou, Banfora, Gaoua, Fada N’gourma, Tenkodogo, etc) n’ont pas été épargnées par les vagues de manifestations, avec à la clé, des incendies d’édifices publics (mairie et Palais de justice de Bobo…) et des domiciles des partisans de la révision de la Constitution. La prise du pouvoir par l’armée, avec à sa tête le lieutenant-colonel Isaac Zida du Régiment de Sécurité Présidentielle de l’ex-Président Blaise Compaoré, ne réussira pas à faire baisser la tension, car les manifestants seront dans la rue dès le 2 novembre 2014 pour exiger la restitution du pouvoir à un civil pour conduire la transition. En cette première semaine de novembre, des concertations sont en cours sous l’égide de l’Union africaine (UA), la Cédéao et l’ONU pour désigner un président de transition qui conduira le pays jusqu’aux prochaines élections,  mais aussi pour définir la  charte et les organes de cette transition.

Le courage et la détermination d’une jeunesse aspirant à un changement

Cet événement historique, fruit de l’aspiration du peuple au changement, a été possible grâce à une mobilisation des partis politiques de l’opposition organisés au sein du CFOP (Chef de File de l’Opposition Politique), mais aussi grâce à la société civile qui a largement joué sa partition pour un éveil des consciences en faveur d’une meilleure participation citoyenne. Ces deux entités se sont appuyées sur la frange jeune de la population qui démontre de plus en plus d’intérêt pour la gouvernance politique du pays et qui est prompte à s’investir pour influencer l’évolution du processus démocratique. Par ailleurs, tout comme le « printemps arabe », « l’harmattan noir » a été possible grâce aux médias, en l’occurrence la presse classique, et surtout les réseaux sociaux qui ont été des outils efficaces de conscientisation et de mobilisation. Facebook et Twitter, très prisés par les jeunes ont, en effet, été très sollicités pour relayer les informations et sensibiliser le public sur la nécessité d’une mobilisation forte pour mettre fin aux velléités de « monarchisation » du pouvoir d’État. 

Plus rien ne sera comme avant

L’insurrection populaire qu’a connu le Burkina Faso constitue une avancée notable pour le pays et d’aucuns disent déjà que « plus rien ne sera comme avant ».  Symbolisera-elle  une maturité politique et un attachement  du peuple aux valeurs démocratiques ? En tout état de cause, elle vient démontrer que le peuple burkinabè, plutôt que de subir l’histoire, tient à en être un acteur principal. Désormais, le peuple pourra se positionner comme un déterminant de la gouvernance du pays en influençant fortement la définition et la mise en œuvre des politiques publiques. Même les partisans de l’ancien régime sont conscients de ce tournant historique à l’image de ce député de la majorité présidentielle qui se dit peiné d’avoir vu sa maison et ses voitures mises à feu par les manifestants, mais fier de ce qui s’est passé car, souligne t-il, « c’est une opportunité pour le pays de se doter d’une des meilleures constitutions et d’une société civile forte sur laquelle on pourra compter pour faire de la bonne gouvernance une réalité au Burkina ».

Mais au-delà de la réalité du Burkina, il y a un immense espoir pour tout le continent africain, hanté par les tentatives de monarchisation du pouvoir d’État. Un signal fort est ainsi donné, que la solution à la mal gouvernance et à tous les autres maux qui minent le continent peuvent venir de l’intérieur. L’Afrique, loin d’être un continent de désespoir et d’irresponsabilités, regorge de potentialités humaines capables et surtout prêtes à porter leur marche vers le développement économique et social. L’exemple venu du Burkina fera sans doute tache d’huile sur le continent, car le risque que d’autres emboitent le pas à ce pays précurseur est grand en Afrique subsaharienne. Cet avertissement adressé à tous ceux qui osent ramer à contre courant des aspirations de leur peuple à plus de démocratie et de bien-être, est aussi le signe qu’une nouvelle Afrique gagnante pointe à l’horizon. Une Afrique qui démentira tous les stéréotypes négatifs entretenus sur le continent : maladies, guerres, famine, émigration, faisant place une à Afrique qui désormais se crée de l’espoir et se donne les moyens pour le réaliser. Vivement donc que l’exemple du Burkina puisse prouver cela dans les semaines et mois à venir, et pour toujours, par la noble mission que chaque digne fille et fils de ce pays assumera sa citoyenneté en veillant à une gouvernance irréprochable chère au peuple. Tout acteur de développement, ami du peuple burkinabè,  a le devoir d’y contribuer en accompagnant le pays dans ses aspirations contre la pauvreté et l’injustice. 

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Le travail d'Oxfam au Burkina Faso  

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