Les changements climatiques ne concernent pas seulement le climat, ils concernent nos vies

Pendant que les représentants de plus de 195 gouvernements se rencontrent cette semaine à Lima, au Pérou, pour préparer un accord global sur les changements climatiques, ils devraient se rappeler les mots d’une agricultrice péruvienne, Marisa Marcavillaca : « Les changements climatiques ne concernent pas seulement le climat, ils concernent nos vies. »

Les négociations de Lima sont cruciales car elles mettront en place les conditions de la réussite ou de l’échec de la conférence de Paris, l’an prochain, où les gouvernements devront se mettre d’accord sur un nouveau traité international sur le climat post-2020.

Pour préparer Paris, nous devons nous mettre d’accord sur les détails à Lima, particulièrement sur la manière dont les pays développés assureront le financement pour aider les pays en développement à faire face à la crise climatique. De vagues promesses n’aideront ni les populations à s’adapter aux effets préjudiciables du changement climatique, ni les pays à poursuivre la croissance et leur développement de manière respectueuse de l’environnement.  

La promesse des 100 milliards de dollars est un point de référence emblématique dans les négociations internationales sur le changement climatique. Les pays débattent de ce point depuis des années. Mais pour les populations en première ligne de la crise climatique, comme Marisa, ce chiffre abstrait n’a guère fait de différence dans leur vie.

La réalité est que les changements climatiques sont déjà en train d’affecter la sécurité alimentaire des populations et risque de faire régresser les efforts de lutte contre la faim accomplis depuis plusieurs décennies. Plus de 80% de la production des aliments de base au Pérou est extrêmement vulnérable aux pénuries, notamment le maïs, la pomme de terre, le riz, l’orge, les haricots, les pois et le blé. Les prévisions actuelles suggèrent que la productivité agricole dans la région andine pourrait baisser de 12 à 50 % dans les prochaines décennies en raison des changements climatiques.

Comme l’explique Marisa, l’une des leaders de l’Organisation nationale de femmes indigènes, « les changements climatiques extrêmes affectent nos revenus et notre capacité à nourrir nos enfants. Sans l’argent nécessaire pour acheter des aliments, nous avons faim. Sans suffisamment d’argent, nous n’avons pas les moyens d’acheter le matériel scolaire de nos enfants. »  

Nous devons agir dès maintenant

Les changements climatiques sont déjà en train d’affecter de manière significative la production globale d’aliments non seulement au Pérou, mais aussi à travers le monde et les choses vont empirer si nous n’agissons pas maintenant

D’ici 2050, 50 millions de personnes supplémentaires – soit l’équivalent de la population de l’Espagne – seront menacées par la faim à cause des changements climatiques. Et il pourrait y avoir 25 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition en plus, en comparaison avec un monde sans changements climatiques – soit l’équivalent du nombre total d’enfants de moins de cinq ans aux États-Unis et au Canada. 

Les agricultrices et agriculteurs comme Marisa font leur possible pour se préparer et renforcer leur résilience. Ils s’organisent et ont apprennent à utiliser des plantes qui peuvent aider à combattre les maladies agricoles. Ils construisent des citernes en prévision des périodes de sécheresse et des moments où leurs cultures auront besoin d’eau. Ils travaillent avec les autorités locales afin d’obtenir un appui pour réparer,  adapter ou améliorer les systèmes d’irrigation et pouvoir produire plus avec moins d’eau. Toutefois, ils ne peuvent pas gagner seuls la bataille contre les changements climatiques. 

Un mouvement mondial

L’action de la part des gouvernements dans le cadre des négociations a été beaucoup trop lente. mais il y a des signes encourageants de progrès à travers le monde. En septembre, des millions de personnes ont pris part à plus de 2 000 évènements dans 162 pays pour exiger des actions concrètes face aux changements climatiques. Plus de 400 000 personnes ont marché dans les rues de New York. Ces citoyennes et citoyens comprennent que lutter contre le changement climatique veut dire créer des emplois verts et assurer la sécurité alimentaire et un avenir pour toutes et tous.

Le déblocage du financement de la lutte contre le changement climatique permettrait aux pays pauvres de connaître un développement « propre » spectaculaire. L’Éthiopie pourrait sortir des millions de personnes de la pauvreté tout en évitant de générer l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre produites par 65 centrales au charbon. Le Pérou pourrait accélérer la croissance de son PIB de près de 1 %, tout en réduisant de moitié ses émissions. Quant à l’Indonésie, elle aurait les moyens de remplir son engagement de réduire ses émissions de 41 % en quinze ans. 

La promesse d’un financement climat de 100 milliards de dollars ne peut cependant être qu’un début. Un plan d’action pour faire progresser la question du financement climat devrait :

  • établir précisément les moyens d’accéder aux financements climat et les modalités de leur utilisation ;
  • identifier de nouvelles sources de financement public et privé ; 
  • établir un cadre de « contributions équitables » afin de mobiliser les flux financiers nécessaires et de les allouer correctement.Ces négociations ne sont pas le but, mais les jalons d’un processus qui prendra des dizaines d’années. 

Le sommet de Lima peut et doit nous préparer à bien prendre le tournant de Paris pour poursuivre sur la bonne voie. Le moment est venu que nos responsables politiques passent à l’action et montrent la voie.

Cet article a été initialement publié sur Huffington Post (en anglais)

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