Océan indien : la vie à Aceh dix ans après le tsunami

« Je n’avais que six ans au moment du tsunami. Je me souviens que j’étais malade ce matin-là. Nous regardions la télé, un dessin animé japonais appelé Doraemon, et puis il est arrivé et tout a basculé.

« Nous avons entendu la terre trembler ; on aurait dit un immense navire se rapprochant de nous. Mon père est sorti voir ce qui s’était passé, et puis il y a eu un bruit assourdissant, comme une énorme déflagration, du côté de la mer. 

« Mon père a vu des gens partir de la plage à toutes jambes et se ruer sur leur voiture ou leur vélo. Quand nous avons quitté la maison, j’étais en pyjama et j’avais encore la télécommande en main. Nous avons sauté dans la voiture. Je me rappelle m’être retourné vers la mosquée ; l’eau était déjà arrivée jusque là. Toutes les noix de coco étaient tombées. Nous voulions aller à Banda Aceh, mais nos voisins nous ont prévenus que la situation était encore pire là-bas. Alors, nous avons changé d’avis et nous nous sommes réfugiés dans une mosquée située en haut d’une colline. » 

Ce récit est celui de Rahmat, aujourd’hui âgé de 16 ans.

Arie, le cousin de Rahmat, avait dix ans à l’époque. Comme son cousin, il ne savait pas qu’un séisme peut provoquer un tsunami. « Nous avons vu l’eau se diriger vers nous et submerger notre bassin à poissons. Nous savions que nous devions aller à la mosquée au plus vite, et nous y sommes parvenus. Nous avons eu beaucoup de chance », confie Arie. Au moment où le tsunami a frappé, le père d’Arie travaillait à la cimenterie. Sa famille a donc dû s’enfuir sans savoir s’il était sain et sauf. 

« Nous l’avons retrouvé deux jours plus tard, raconte Arie. Nous étions là-haut sur la colline, et quelqu’un est venu nous demander nos noms et a mentionné celui de mon père. En l’entendant, ma mère lui a demandé de revérifier. Oui, il était bien vivant. Quel bonheur ! Il nous a fallu deux jours pour le retrouver, parce que le pont qui reliait l’usine à l’autre rive avait été endommagé. » Arie et sa famille sont restés quatre jours sur la colline, jusqu’à ce qu’ils estiment qu’il n’y avait plus de danger et qu’ils pouvaient redescendre.

Ces récits d’Arie et de Rahmat témoignent de l’effort de survie et de la résistance dont ont fait preuve les habitant-e-s de Lampaya, un petit village de pêcheurs dans la province d’Aceh, en Indonésie, mais ne sont que deux exemples de ce qu’ont vécu des millions d’autres personnes le 26 décembre 2004. 

230 000 personnes ont perdu la vie et 1,7 million ont été déplacées. Au lendemain du tsunami, environ 5 millions de personnes avaient besoin d’aide humanitaire, notamment d’eau potable, de vivres et d’un abri, et ce dans 14 pays, dont l’Indonésie, le Sri Lanka, l’Inde et la Thaïlande étaient les plus touchés.

 Jim Holmes/OxfamLes cousins Rahmat (gauche) et Arie aujourd'hui. Photo: Jim Holmes/Oxfam

« Reconstruire en mieux »

Dix ans après, les images saisissantes de vagues et de ravages continuent de hanter nos esprits. 

Le tsunami aura été un défi extraordinaire pour les organisations humanitaires. Le secteur humanitaire faisait face à une tâche aussi colossale que celle de reconstruire une ville d’un million d’habitants. Cette intervention reste la plus importante qu’Oxfam ait entreprise à ce jour : l’organisation et ses partenaires locaux ont porté assistance à environ 2,5 millions de personnes entre 2004 et 2009. Les enseignements tirés de ce qui s’est bien ou mal passé lors de cette intervention ont été et restent encore un facteur déterminant dans la façon dont les organisations humanitaires mènent leurs opérations dans le cadre d’autres crises. 

« Après deux mois, des personnes de toute l’Indonésie et des organisations internationales sont venues dans notre village pour nous aider à déblayer les décombres et à retirer les corps qui gisaient dans la rue, près de nos maisons », explique Arie.

Gérer l’élan de générosité sans précédent a également été un défi. Pour cette intervention humanitaire « la plus généreuse et la plus rapidement financée de tous les temps » selon les propres termes de l’ONU, les dons reçus rien que par Oxfam s’élevèrent à 249 millions de dollars, dont 92 % provenaient de particuliers. Pour gérer une telle somme, le Fonds Tsunami d’Oxfam International a été créé dans le souci d’assurer la bonne coordination et la transparence de l’allocation des fonds. La réponse au tsunami a dès lors visé à « reconstruire en mieux » et est devenue un modèle en la matière.

« Des choses très positives se passent, se réjouit Arie. Aceh va mieux et nous pouvons avoir une bonne qualité de vie ici, je pense. La communauté internationale a pour la première fois entendu parler de Banda Aceh à cause du tsunami, mais c’est devenu un bienfait pour nous. Nous reconstruisons nos communautés. »

Les familles d’Arie et de Rahmat faisaient partie des nombreuses personnes qui ont bénéficié de l’intervention humanitaire internationale à Lampaya. Oxfam a mis sur pied de nouvelles installations de distribution d’eau et d’assainissement, et a construit de nouvelles habitations pour les personnes déplacées.

 Jim Holmes/Oxfam

« Je vois Rahmat de temps en temps, comme sa famille habite dans le voisinage. Il revient une fois par semaine et pendant les vacances. Quand nous nous revoyons, nous allons généralement pêcher à l'étang avec nos amis et nous donnons à manger aux vaches. »

Arie et Rahmat n’étaient que des enfants quand le tsunami s’est abattu sur la région. Mais ils parlent de ce qui leur est arrivé avec beaucoup de calme. Aujourd’hui, tous deux suivent des études à temps plein et pensent que cette expérience leur a inspiré l’envie de faire quelque chose pour leur communauté.

Mais le traumatisme reste. « Au moment de l’autre séisme [en 2014], cette grande peur m’a repris. J’ai voulu m’enfuir à toutes jambes, car j’étais persuadé qu’un tsunami frapperait encore. J’ai juste pensé à courir loin. Après le tsunami, il y a eu de nombreuses répliques. À chaque fois, je cherchais refuge en hauteur. « Ça a été traumatisant pour moi et je continuerai probablement à le ressentir tout le reste de ma vie. »

Arie et Rahmat ont fait preuve de résilience et, comme beaucoup d’autres, ils se sont bien adaptés et continuent de mener une vie épanouissante malgré la tragédie du tsunami, il y a dix ans. Mais nombreux sont encore celles et ceux qui vivent dans la précarité, dans les pays touchés par des violences armées, des catastrophes naturelles et des injustices. 

Oxfam sera là pour eux.

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