« M. Obama, n’oubliez pas les campagnes cubaines… »

Une température certes agréable mais une pluie persistante auront accompagné les premiers pas sur l’île du couple Obama, en visite à la Vieille Havane, tout sourire sous les parapluies noirs déployés. Rien a priori qui pourrait laisser penser au président et à son épouse Michelle que Cuba vient de vivre l’une de ses pires sécheresses.

Et que plusieurs de ses municipalités souffrent encore des conséquences de cette catastrophe naturelle silencieuse, en particulier dans les provinces orientales de l’île. Les sols y sont fort abimés et les réserves d’eau  insuffisantes. Une sécheresse qui aura un effet, encore peu étudié et connu pour le moment, sur la sécurité alimentaire du pays, sujet déclaré priorité nationale.

l’agriculture à Cuba ne parvient toujours pas à fournir un tiers de l’alimentation à sa population

Car l’agriculture à Cuba, malgré quelques récentes politiques audacieuses pour la région, de redistribution de plus d’un million d’hectares de terres en friche à des usufruitiers ou d’assouplissement de mesures pour diversifier la commercialisation et augmenter le crédit, ne parvient toujours pas à fournir un tiers de l’alimentation à sa population. Et les autorités se sont vues obligées de remettre de l’ordre dans les marchés car la population se plaint des prix qui grimpent.

Pourtant, la dernière évaluation du projet[1] de renforcement de l’agriculture urbaine mis en œuvre dans 85 coopératives agricoles par l’ANAP[2] et l’INIFAT[3], et accompagné par OXFAM, démontre clairement que de simples investissements en systèmes d’ irrigation solaires, en moulins pour l’énergie éolienne ou en ateliers de réparations de machines agricoles apportent aux fermes d’indispensables moyens qui très vite leur permettent de multiplier au moins par deux la production en fruits , légumes, racines ou tubercules, ou simplement de mieux abreuver  et alimenter leurs bêtes.

Si les Etats-Unis pouvaient, sinon lever immédiatement, au moins  flexibiliser rapidement l’embargo pour un accès plus massif des productrices et producteurs cubains à du petit matériel et équipement de qualité et à moindre prix, la normalisation des relations deviendrait bien plus fructueuse.

On peut même imaginer que Cuba en plus d’offrir des aliments sains à ses futurs touristes du pays voisin (plus d’un million de personnes attendues à terme chaque année) puisse proposer aussi à sa population de trouver des aliments plus diversifiés, moins chers et mieux présentés. Une alimentation issue de l’agro-écologie, produite et vendue en circuits courts, dont il faudra bientôt clamer toute la valeur. Car on voit par ailleurs arriver de plus en plus  sur les étals des magasins d’Etat des produits importés qui ne sont des exemples ni de qualité nutritive, ni de faible empreinte écologique. Et dont les prix sont inabordables pour la majorité. Car ici encore l’approche « chaîne de valeurs » ou «filière » est encore balbutiante : on a du mal à raisonner en termes de demande et de préférences des consommateurs. Car le mariage raisonné entre le plan et le marché est un enjeu de taille pour la satisfaction de toutes et de tous.

A woman and daughter walking near their home, Cuba

Une femme et sa fille baladent à Cuba où plusieurs municipalités souffrent encore des conséquences de cette catastrophe naturelle silencieuse.

Les femmes rurales au centre de la transformations des campagnes cubaines

L’ANAP et d’autres organisations comme la FMC[4], l’ACPA[5] ou l’ACTAF[6] ont mis aussi en lumière le rôle que jouent et peuvent jouer les femmes rurales dans la transformation des campagnes cubaines.  Un rôle central alors que la représentation féminine dans le secteur n’arrive pas à 20%.

Oxfam a accompagné plusieurs de ces associations à mettre en œuvre leur stratégie d’égalité homme/femme et soutient maintenant les efforts du Ministère de l’agriculture dans la mise en place de sa politique d’équité d’opportunités pour les femmes et les hommes. Une première ici pour un Ministère .

Il est fort probable que le président Obama célèbre les nouveaux petits et moyens entrepreneurs qui se développent à Cuba. En particulier celles et ceux qui ont lancé des restaurants (paladares) à la Havane, mais qui de ces productrices de microorganismes biologiques  ou de ces artisans ou artisanes du bambou qui tentent leur chance dans les villages et villes de province ?

Voilà encore une belle occasion de lancer des ponts entre cette nouvelle génération d’agents économiques et le monde rural : qu’ils conjuguent leur énergie  pour que les services à l’agriculture, la multifonctionnalité du secteur et les filières se développent. L’arrivée de ces acteurs combinée à de nouvelles créations de coopératives doit contribuer à façonner la richesse du tissu économique et social dans les territoires. Les femmes et les jeunes pour qui l’attraction de la capitale ou de l’étranger devient une préoccupation nationale,doivent y avoir toute leur place.

Cuba en avançant vers plus de décentralisation peut réussir un modèle qui articule autour de ses gouvernements municipaux une grande diversité d’institutions sociales et d’agents économiques publics et privés. D’autant que la recherche agronomique est dotée de nombreux instituts qui, avec des moyens accrus pour le transfert des technologies dans les parcelles, pourraient catalyser le changement. Les quelques ONG internationales et étrangères qui sont présentes depuis 15 à 20 ans et travaillent en appui et solidarité avec ces acteurs cubains sont prêtes à accompagner ces innovations. En permettant aux fondations et autres associations philanthropiques et ONG nord-américaines de collaborer avec elles, M. Obama pourrait ainsi favoriser aussi le développement des campagnes.

Il reste encore beaucoup à faire pour sceller les progrès du rapprochement entre Cuba et les Etats -Unis. Le secteur de l’agriculture apparaît stratégique, son ministère cubain se réorganise  et des initiatives récentes comme celles qui promeuvent l’agrotourisme, la certification participative ou le futur réseau d’Agro-écologie Cuba-US pour le développement de la filière des produits issus de l’agro-écologie promu par l’ACTAF et d’autres organisations et institutions cubaines doivent être soutenues et encouragées.

Une suggestion à la personne qui succèdera bientôt à M. Obama  Dans sa prochaine visite,  ne pas oublier les campagnes cubaines.

Oxfam à Cuba

À Cuba, Oxfam s’efforce depuis 1991 de favoriser un développement socioéconomique équitable et durable en collaboration avec les organisations locales

Web: www.oxfam.org/fr/pays/cuba

Facebook: Facebook.com/oxfamcuba  

Twitter: @Oxfam_Cuba 

[1] Cofinanciado por la Union europea, el gobierno vasco y la Embajada de Japón[2] Asociacion Nacional de Agricultores Pequeños[3] Instituto Nacional de Investigaciones Fundamentales de Agricultura Tropical[4] Federación de Mujeres Cubanas[5] Asociación Cubana de Producción Animal[6] Asociación Cubana de Técnicos Agrícolas y Forestales 

Partagez cette page: