Les 7 questions les plus fréquemment posées sur notre nouveau rapport sur les inégalités

Notre nouveau rapport sur l’état des inégalités dans le monde révèle qu’une élite tire des bénéfices inimaginables de notre système économique en exploitant des millions de travailleuses et de travailleurs au bas de l’échelle. Nous avons commencé à recevoir de nombreux commentaires et questions dès sa publication. En voici quelques-unes des questions les plus intéressantes qui nous ont été posées, accompagnées de nos réponses.

1. « La pauvreté recule partout dans le monde. Les gens vivent plus longtemps et en meilleure santé. Alors pourquoi se soucier si quelques privilégié-e-s deviennent vraiment riches ? »

Il est vrai (et l’on ne peut que s’en réjouir) que la pauvreté extrême a considérablement reculé au cours des 25 dernières années. Dans les faits, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté, soit avec moins de 1,90 dollar par jour, a diminué de plus de moitié. Cela ne signifie pas pour autant que nous devons relâcher nos efforts, ou même continuer sur la même voie que celle que nous avons empruntée jusque-là.

Au cours de cette même période, les inégalités ont augmenté dans la plupart des pays et atteignent désormais des niveaux dangereusement élevés. De nombreux éléments attestent que les inégalités extrêmes ont des impacts économiques, politiques et sociaux très négatifs. Elles entravent en outre la lutte contre la pauvreté. Alors oui, de nombreuses personnes sont sorties de l’extrême pauvreté ces dernières années, notamment dans des pays comme la Chine, mais les données indiquent que 700 millions de personnes supplémentaires auraient pu sortir de la pauvreté à la fin de la dernière décennie si l’on avait réduit les inégalités dans le même temps.

Par ailleurs, alors que le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a diminué, un très grand nombre de personnes restent pauvres sans être « extrêmement pauvres », car elles vivent avec à peine plus de 1,90 dollar par jour. Elles travaillent de longues heures dans des emplois pénibles et dangereux et ont toutes les peines du monde à joindre les deux bouts. Nombre de ces personnes produisent notre nourriture et confectionnent nos vêtements. Elles travaillent dans des chaînes d’approvisionnement mondiales qui engrangent des richesses énormes au profit d’une élite tout en refusant un salaire décent aux personnes au bas de l’échelle.

Comment accepter une telle injustice ?

2. « Prenons la Chine, par exemple. Lorsque le pays a ouvert son économie au capitalisme du libre-échange, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté a chuté. Alors pourquoi s’opposer au capitalisme du libre-échange ailleurs ? »

Le cas de la Chine explique en grande partie pourquoi le pourcentage mondial de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a diminué autant et aussi rapidement. Des centaines de millions de Chinoises et Chinois sont sortis de l’extrême pauvreté ces dernières années. Ce phénomène s’est produit depuis que la Chine a commencé à ouvrir son économie ; il ne fait donc aucun doute que le capitalisme a joué un rôle dans cette réussite. La Chine n’a toutefois pas suivi la version extrême du capitalisme du libre-échange généralement promue par l’Institute of Economic Affairs et d’autres groupes défendant le libre-échange. Bien au contraire. Le gouvernement a gardé la mainmise sur l’économie, il prélève les recettes fiscales auprès des plus riches et a investi massivement dans la santé et l’éducation. Selon le Nobel de l’économie Amartya Sen, il s’agirait de l’une des principales raisons pour lesquelles la Chine a obtenu de meilleurs résultats que l’Inde en matière de réduction du taux de pauvreté. La Chine peut s’améliorer sur de nombreux points, mais le pays a réalisé d’énormes progrès dans la lutte contre la pauvreté. Il serait toutefois faux de prétendre que le marché libre non réglementé explique à lui seul ces progrès.

Les études menées par le FMI démontrent que si la redistribution ne nuit pas à la croissance, à l’inverse les inégalités extrêmes actuelles sapent la croissance. La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de créer une économie plus juste et plus dynamique en luttant contre les inégalités extrêmes.

Il ne fait aucun doute que le capitalisme et la croissance économique peuvent être un puissant levier pour sortir de la pauvreté. Nous disons seulement que des mécanismes d’équilibre des pouvoirs doivent être mis en place pour garantir que le système bénéficie à toutes et tous. Cela nous semble évident, et étayé par diverses données de la Chine et du monde entier.

3. « Oxfam est un organisme de bienfaisance – alors pourquoi parler politique ? »

Mettre un terme à la pauvreté est la raison d’être d’Oxfam. Mais nous savons que nous ne pourrons atteindre cet objectif sans collaborer avec d’autres acteurs pour nous attaquer aux grands problèmes structurels qui plongent les personnes dans la pauvreté et les y enferment.

Cela exige de s’attaquer à des défis de taille comme les inégalités économiques, la discrimination entre les femmes et les hommes et le changement climatique. Le pouvoir est au cœur de toutes ces problématiques.

Pour comprendre les causes et trouver des solutions, il est important de déterminer qui prend les grandes décisions, dans l’intérêt de qui, et quelles sont les voix exclues. Il convient également de déterminer qui a la responsabilité de corriger le problème et en est capable. Très souvent, cela implique de pousser les gouvernements à prendre de meilleures décisions.

4. « Oxfam ne cesse de critiquer les grandes entreprises. Êtes-vous contre les entreprises ? »

C’est une question qui nous a été posée à plusieurs reprises ces dernières années. La réponse est évidemment « non ». Une grande partie du travail d’Oxfam consiste à soutenir et à développer activement des entreprises dans les communautés à travers le monde. Nous entretenons des partenariats fructueux avec de nombreuses entreprises, petites et grandes.

Nous nous opposons en revanche au type de modèle commercial qui maximise les profits en payant des salaires de misère, en mettant en danger les travailleuses et les travailleurs, en saccageant la planète ou en faisant tout pour échapper à l’impôt. Nous nous réjouissons qu’Oxfam soit considérée comme une organisation qui s’élève contre de telles pratiques.

Nous souhaitons montrer aux entreprises que d’autres pratiques sont possibles et que tout ne se résume pas aux profits.

Les États doivent prendre des mesures contre les mauvaises pratiques commerciales et promouvoir activement des pratiques plus positives, notamment en encourageant le développement de modèles commerciaux alternatifs à vocation sociale et qui répartissent plus équitablement le pouvoir et les profits entre les différentes parties prenantes.

5. « L’an dernier, vous avez déclaré que 8 personnes détenaient autant de richesses que la moitié de la population mondiale. Vous portez aujourd’hui ce chiffre à 42. On dirait bien que les inégalités reculent, alors que venez de déclarer qu’elles ne cessent de s’aggraver ! Qu’en est-il ? »

Ces chiffres ne sont hélas pas directement comparables. Ces statistiques se basent sur les données du classement Forbes des grandes fortunes et du Global Wealth Report de Credit Suisse. Credit Suisse est la source de données la plus fiable sur les richesses détenues par les différentes tranches de la population mondiale, compte tenu des valeurs mobilières, de l’immobilier, du bétail, etc. Il s’agit de toute évidence de quelque chose de très difficile à calculer, si bien que Credit Suisse cherche en permanence à compléter ou à améliorer ses sources de données. Autrement dit, il n’est pas toujours possible de comparer un nouveau chiffre avec ceux que nous avons publiés par le passé.

Pour évaluer l’évolution des inégalités dans le temps, il est nécessaire de recalculer les chiffres des années précédentes d’après les dernières données disponibles. Ce faisant, Oxfam a calculé que 61 personnes (et non 8) détenaient autant de richesses que la moitié de la population mondiale en 2016. Désormais descendu à 42, ce chiffre corrobore toutes les autres analyses indiquant une intensification des inégalités de richesses.

Mais l’important ici n’est pas de savoir si 8, 42 ou même 100 personnes détiennent autant de richesses que la moitié de la planète. Le problème, c’est qu’une poignée de milliardaires, principalement des hommes, sont à la tête d’une fortune qui défie tout entendement, alors que 3,7 milliards de personnes se partagent moins de 1 % des richesses mondiales. Et cet énorme déséquilibre des richesses se traduit par un énorme déséquilibre en termes de pouvoir et de chances.

6. « Oxfam parle d’inégalités, mais vous versez des salaires plus que confortables à vos dirigeant-e-s. N’est-ce pas hypocrite ? »

Oxfam est une confédération de 20 organisations membres. Le salaire versé par chaque Oxfam à son directeur ou sa directrice générale diffère selon la taille de l’organisation et la réalité du marché national. Dans tous les cas, le salaire versé correspond aux responsabilités inhérentes à la gestion d’une organisation faisant partie d’une ONG humanitaire et de développement internationale, et nous veillons à ce que les ratios de rémunération restent raisonnables. Par exemple, le ratio actuel entre le salaire le plus haut et le plus bas au sein de notre organisation aux États-Unis est de 9/1.

Un écart qui n’a rien à voir avec le type de ratio démesuré que l’on trouve dans certains pans de l’économie. L’an dernier, nous apprenions que les PDG des grandes entreprises américaines gagnent désormais 271 fois plus qu’une travailleuse ou un travailleur ordinaire.

7. « Oxfam semble partir du principe que le gâteau économique ne peut pas croître, et qu’il s’agit simplement de partager ce gâteau plus équitablement. De toute évidence, cela est faux.

Avec la croissance économique, il y en a plus pour tout le monde. Les milliardaires étant en première ligne de la création de richesses à l’origine de cette croissance économique, pourquoi ne devraient-ils pas être récompensés pour cela ? »

Bien sûr, la croissance économique peut porter ses fruits, mais pour le moment, c’est surtout une élite qui en profite. 82 % des richesses créées dans le monde l’année dernière ont profité aux 1 % les plus riches. Les États comme les entreprises doivent prendre des mesures pour que la croissance bénéficie à toutes et tous, surtout aux personnes au bas de l’échelle.

La croissance économique n’est pas le fait de quelques entrepreneurs. Elle s’appuie sur le labeur de millions de personnes qui fabriquent, cultivent et consomment. Chacun a le droit de profiter des fruits de cette croissance.

Le FMI a récemment révélé que la redistribution (en imposant davantage les riches et en utilisant ces recettes pour que les services publics bénéficient à toutes et tous) est très efficace pour lutter contre les inégalités sans nuire à la croissance économique.

Si la croissance économique inclusive est appelée à jouer un rôle très important pour mettre un terme à la pauvreté dans de nombreux pays, nous savons également qu’il faudra s’attaquer parallèlement aux inégalités, sinon nous détruirons la planète dont nous dépendons toutes et tous. Avec les niveaux actuels d’inégalités, l’économie mondiale devrait être 175 fois plus importante pour permettre à chacune et chacun de gagner 5 dollars par jour. Bien sûr, une telle approche n’est absolument pas tenable.

Nous devons trouver une meilleure voie vers une prospérité partagée.

Nous encourageons les citoyennes et citoyens à relayer l’information et à se joindre à nous pour exiger que les États et les grandes entreprises changent leurs pratiques.

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